L’automutilation chez le chien

Votre chien se lèche constamment sans raisons apparentes ? Il tourne en rond cherchant désespérément à attraper sa queue ? Il arrache ses poils, se gratte ou se ronge sans cesse et parfois même jusqu’à l’os ? Il faut réagir !

Voyons ensemble pourquoi votre chien adopte ce type de comportement et surtout comment faire pour régler et/ou atténuer le problème et pour permettre à votre toutou d’être bien mieux dans ses pattes.



Une protection efficace contre les parasites

La première chose à faire est de vérifier que votre chien est bien protégé contre les parasites internes (les vers) ou externes (les puces). Et oui, parfois il suffit simplement de leur proposer une bonne protection anti-parasitaire afin que le problème s’estompe. Néanmoins, renseignez-vous bien auprès de votre vétérinaire afin de proposer à votre chien un produit curatif car dans la majorité des cas, les produits proposés sont simplement préventifs et dans le cas présent, cela ne suffira pas et n’aura aucun effet.

Un problème physiologique

Ensuite, prenez rendez-vous auprès de votre vétérinaire pour éliminer tous les éventuels problèmes physiologiques comme par exemple une affection des glandes anales ou encore l’histoplasmose qui est une infection fongique.

Sachez que lorsqu’un problème de santé n’est pas traité suffisamment tôt, votre chien peut être amené à adopter des comportements d’automutilation. De plus, même lorsque le problème est finalement traité, votre chien peut parfois continuer à adopter cette attitude d’automutilation tout simplement par habitude. Cela peut donc prendre du temps et nécessite un travail comportemental en parallèle.

Un problème comportemental

Le travail comportemental, parlons-en justement ! Lorsque toutes les éventuelles raisons physiologiques sont écartées, il faut s’intéresser à une éventuelle cause comportementale. Pour ce faire, il est très important d’analyser et observer les éléments déclencheurs de l’attitude d’automutilation de votre chien afin de pouvoir proposer une solution efficace de résolution du problème.

De manière générale, il est toujours plus pertinent de régler la cause du problème plutôt que le symptôme car cela revient à mettre un pansement sur une plaie ouverte : effectivement on ne verra plus le problème mais en aucun cas on aura traité la blessure.

Attention : évitez de renforcer inconsciemment votre chien

Bien entendu, je pourrais vous dire de distraire votre chien dès qu’il commence à se lécher ou à adopter n’importe quelle attitude d’automutilation (grattements/léchages excessifs, arrachage de poils, etc.) par le biais d’une séance de jeu, d’une séance d’éducation ou d’une promenade, mais cela ne sera absolument pas constructif.

Vous le savez, les chiens sont les rois de l’apprentissage par association, c’est bien connu. De fait, en procédant ainsi, vous renforcerez simplement le comportement d’automutilation de votre chien car il comprendra qu’à chaque fois qu’il commence à se gratter ou autre, il obtient votre attention et en plus il obtient une super activité avec vous. Il aura donc vite fait de faire l’association suivante : « je me gratte = j’ai une attention, j’ai une récompense ». De ce fait, inconsciemment, on renforce le comportement gênant du chien et surtout on le valide dans cette attitude. Ce qui n’est bien entendu pas ce que l’on souhaite obtenir, n’est-ce pas ?

Activités d’automutilation liées à l’ennui

Je vous parlais un peu plus haut de l’importance, lorsque l’on travaille avec un chien, de la recherche et l’analyse de la cause du problème. Et bien, souvent, les chiens adoptent des activités de substitution et d’automutilation afin de combler un manque, afin de « vider leur sac », afin de dépenser leur trop plein d’énergie ! Et oui, n’importe quel être vivant deviendrait fou en restant enfermé ou en ne pouvant pas se défouler totalement. Il y aurait forcément de la frustration et cela engendrerait, de manière très logique, une activité « passe-temps ».

Donc, première chose à faire si votre chien adopte un comportement d’automutilation par ennui : sortez-le ! Proposez lui des séances de jeu avec vous, de longues promenades avec une laisse détendue voire une longe, tout ça dans des endroits différents et plus ou moins stimulants. En clair : permettez lui de dépenser son énergie et vous verrez que votre chien aura, une fois rentré à la maison, aura beaucoup moins besoin d’évacuer son trop plein d’énergie car vous, son maître, son humain, vous lui aurez permis de satisfaire ce besoin.

Et ceci, vous devez le faire tous les jours, plusieurs fois par jour, c’est très important et surtout essentiel pour maintenir la bonne santé « mentale » de votre toutou. Et justement, faites attention de ne pas proposer ceci à votre chien dès qu’il commence son activité d’automutilation ! Rappelez-vous de ne pas le renforcer et la valider de manière inconsciente dans ce comportement !

Vous le savez, une sortie matinale dans le jardin pour faire pipi et une balade le soir d’à peine 15 minutes ne suffisent bien évidemment pas lorsque l’on a un chien ! Vous devez répondre aux besoins primaires (boire, manger, dormir) de votre chien, c’est évident, mais vous devez, en tant que maître responsable du bien être de votre chien, répondre également à ses besoins sociaux (promenades et rencontres congénères régulières) et de dépense (jeux de pistage, de lancés, d’auto-contrôle, etc.).

Activités d’automutilation liées à une anxiété

On reste toujours sur une activité d’automutilation pour combler un manque lorsque l’on parle d’anxiété. Et cela peut être dû à une anxiété de séparation, un traumatisme vécu, une mauvaise expérience, ou encore dû à un trouble du développement par exemple. De nombreuses raisons peuvent causer du stress et une anxiété chez le chien et sa manière de lutter contre cette émotion sera d’adopter une attitude d’automutilation.

Prenons l’anxiété de séparation par exemple, il faudra reprendre l’apprentissage de la solitude afin que le chien en question réussisse à gérer l’absence de ses maîtres de manière sereine et que cela n’engendre pas chez lui une anxiété telle qu’il soit « obligé » de s’automutiler pour combler ce manque. Pour se faire, il faudra bien entendu remettre des règles de vie à la maison afin d’apprendre au chien à gérer cette frustration.

Comment faire pour régler le problème ?

Tout d’abord, on ne caressera pas systématiquement son chien lorsqu’il viendra nous voir, on ne lui prêtera plus autant d’attention que d’habitude et surtout, on lui apprendra à ne plus nous suivre partout dans la maison. Et oui, apprendre la solitude à un chien c’est d’abord lui apprendre à être seul, même quand ses maîtres sont présents dans la maison.

Puis, lors des départs, on proposera au chien une occupation, de la nourriture ou un jouet par exemple afin qu’il se concentre sur autre chose. En procédant ainsi, votre chien fera l’association suivante : « mes maîtres partent = récompense ». Mais surtout, on lui proposera des temps de dépense importants afin qu’il évacue son trop plein d’énergie et donc son stress avant des temps plus ou moins longs de solitude. Car, oui, un chien dépensé, une fois rentré à la maison : dort !

En clair, pour résumer

Votre chien peut adopter une attitude d’automutilation pour diverses raisons :

  • Raison pathologique.
  • Raison physiologique.

Dans les deux cas ci-dessus, vous devez impérativement consulter votre vétérinaire qui vous aiguillera pour résoudre ce problème.

  • Raison liée à l’ennui.
  • Raison liée à l’anxiété.
  • Raison liée à une demande forte d’attention.

Dans ces trois cas, et de manière très générale, vous devez :

  • Changer vos habitudes, proposer un meilleur cadre de vie à votre chien sans nécessairement le mettre au centre de votre vie, bien au contraire.
  • Proposer à votre chien des temps de dépense chaque jour qui lui permettront de se dépenser autant physiquement que mentalement.
  • Apprendre à votre chien à gérer ses états de frustration, c’est à dire lui apprendre à gérer cette émotion en ne cédant plus à toutes ces demandes, que ce soit d’attention, de jeu ou de caresse.
  • Rester à l’initiative de toutes les activités de votre chien, ne lui permettez plus de tout décider.
  • Apprendre à votre chien à vivre de manière sereine les moments de solitude en lui proposant des jeux d’occupation par exemple.
  • Ne pas renforcer les attitudes d’automutilation de votre chien en lui prêtant énormément d’attention lorsqu’il agit de la sorte.

Clémentine Turgot
Educateur canin comportementaliste Nature de Chien
www.naturedechien.fr

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