Les troubles du développement chez le chien

Voyons ensemble ce que sont les troubles du développement, ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour les éviter ainsi que quelques conseils pour les atténuer s’ils sont déjà présents.

Les troubles du développement chez le chien se manifestent par une évolution peu stimulante ou un développement au sein d’un milieu peu stimulant.

Les troubles du développement ne sont détectés qu’à partir de 4 mois car on considère qu’avant cet âge, il est encore possible d’agir et de faire en sorte que le chiot devienne un chien adulte équilibré. Et oui, après 4 mois, il sera impossible de revenir en arrière, en effet, on ne pourra pas revenir sur des apprentissages manquants pendant cette période.

En clair, dites vous qu’après les 4 mois du chiot, il sera compliqué de régler complètement le problème, en revanche, on pourra atténuer les effets des éventuels troubles.



Les trois troubles du développement reconnus

Le syndrome d’hypersensibilité et d’hyperactivité : HSHA

Ce trouble étant un trouble du développement, cela sous entend alors qu’il est causé par un défaut ou un manque lors de son développement, à savoir de la naissance du chiot jusqu’à ses 5 mois.

L’hypersensibilité, qu’est-ce que c’est ?

L’hypersensibilité est due à l’absence de la mère à partir de la 3ème semaine de la vie du chiot. Il y  aura donc un défaut de ce que l’on appelle les filtres sensoriels. Je m’explique : à cet âge, les chiots de la portée procèdent à l’exploration en étoile c’est à dire qu’ils apprennent à explorer leur environnement autour de la mère de manière sereine car ils peuvent revenir à elle pour se rassurer. L’absence de maternage pendant cette période de socialisation engendre alors de l’anxiété, de l’hypersensibilité (d’où le nom) ainsi qu’une hyper vigilance.

L’hyperactivité, qu’est-ce que c’est ?

L’hyperactivité est due à l’absence de la mère à partir de la 4ème semaine de la vie du chiot. Il y aura donc un défaut d’apprentissage des auto-contrôles. Je m’explique encore une fois : à cet âge, la mère apprend à ses chiots ce que l’on appelle la morsure inhibée c’est à dire que lorsqu’un chiot mord un des chiots de la portée et lui fait mal, ce dernier poussera un cri pour manifester sa douleur, et à ce moment précis, la mère viendra prendre le chiot mordeur et le sanctionnera en le plaçant hors de la couche. Cet apprentissage a donc pour but d’apprendre au chien à se contrôler. L’absence de maternage pendant cette période engendre alors de l’hyperactivité (d’où le nom encore une fois) et une grande difficulté à revenir à un état émotionnel stable.

Notons que ces troubles peuvent en effet être engendrés par une absence de la mère mais également si la mère n’est pas prête, immature ou ayant elle même des troubles du développement.

Comment faire pour éviter ce trouble ?

La meilleure solution reste la prévention ! Il ne faut bien entendu pas adopter un chiot avant ses deux mois (qui est l’âge légal de vente en France) et vous devez vous assurer que la mère est équilibrée et suffisamment apte à prodiguer ces différents apprentissages à la portée.

Il est également nécessaire de jouer à des jeux qui vont venir renforcer les auto-contrôles avec son chiot, et cela de manière régulière. En effet, les séances de jeux doivent être courtes mais suffisamment répétées. Le plus important étant de ne pas renforcer l’excitation du chiot, on viendra donc stopper le jeu, en ignorant le chiot, s’il s’excite de trop.

On proposera aussi un cadre sécurisant et rassurant au chiot afin qu’il se sente en sécurité auprès de ses maîtres et on sera à l’initiative de tous les contacts avec son chiot : à savoir les moments de caresse ainsi que les séances de jeux.

Le syndrome de privation sensorielle (ou autrement appelé le syndrome du chenil)

Ce trouble est directement lié à l’environnement du chiot lors de ses premiers mois. D’où, je le rappelle, l’importance du choix de l’élevage en amont d’une adoption.

En effet, un chiot qui a vécu dans un environnement pauvre en stimulations développera par la suite un seuil d’homéostasie sensoriel bas. Mais alors, qu’est-ce qu’un seuil d’homéostasie vous me direz ? Et bien, c’est en quelque sorte un seuil de tolérance. Je m’explique : de ses trois semaines jusqu’à l’âge de 3 mois, le chiot enregistre tout ce qu’il vit, que ce soit des bonnes ou des mauvaises expériences. Une fois adulte, ces données lui servent de base pour s’adapter aux différentes situations. De fait, s’il n’a pas vécu suffisamment de chose, son seuil de tolérance aux différentes situations qu’il rencontrera dans son environnement sera très bas.

En clair, si votre chiot a vécu une multitude de situations diverses, il sera plutôt à l’aise lorsqu’il sera confronté à un environnement riche en stimulation, alors que s’il a passé les trois premiers mois de sa vie dans un chenil (d’où le nom du syndrome), il aura énormément de difficulté à évoluer dans un environnement stimulant comme la ville par exemple.

Cela fonctionne dans un sens comme dans un autre, si un chiot n’a été habitué qu’à la ville, alors la campagne, la forêt, les animaux sauvages, etc. pourront être des stimulations difficilement gérables pour lui. De même qu’un chiot qui a passé ses premiers mois à la campagne, alors les voitures, les humains ou même les bruits de la ville seront compliqués à gérer.

Le syndrome de privation sensorielle se divise en trois stades distincts :

  • Le stade 1 : le chien a peur d’objets identifiables, comme un aspirateur ou une voiture par exemple. A ce stade, il est possible de travailler sous forme d’habituation et donc de désensibiliser le chiot pour que l’objet en question ne déclenche plus de réaction de peur. On habituera donc le chiot à cet objet à travers des séances courtes et répétées régulièrement en y allant très progressivement. Surtout, le plus important est d’ignorer les réactions de peur du chiot, pour ne pas les renforcer inconsciemment.
  • Le stade 2 : le chien a peur de son environnement de manière générale, il est anxieux en permanence. En clair, l’ensemble de son environnement déclenche chez lui de l’anxiété : il se cache sous les meubles, mange peu et ne se déplace que très peu, tend le cou pour sentir quelque chose et est toujours prêt à fuir. Un chiot atteint du syndrome du chenil de stade 2 peut également adopter un comportement de répétition des mêmes actions. A ce stade, je ne vais pas vous mentir, l’habituation n’est plus possible. De plus, on pourra observer chez le chien des activités dites de substitution qui lui permettent de se soulager comme le fait de se lécher incessamment le même membre par exemple. Vous l’aurez compris, il n’y a donc pas de remède miracle pour ce stade, il est important de proposer un meilleur environnement, ou du moins un environnement plus adapté au chien afin qu’il vive de manière plus sereine au quotidien.
  • Le stade 3 : ce stade a pour conséquence des problèmes de santé. C’est un peu ce que l’on pourrait appeler : la phase ultime ! Le chiot n’est plus capable de gérer ses émotions, n’arrive pas à s’adapter. S’en suit un état dépressif qui peut engendrer de l’anorexie, les troubles du sommeil, un retard de croissance, des malpropretés, etc. Dans ce cas, il est impératif de consulter un vétérinaire.

Pour résumer, à partir d’un an, il ne faut pas s’attendre à des miracles. En revanche, avant cet âge, pour ce qui est des stades 1 et 2, des thérapies d’habituation (stade 1) et/ou d’immersion (stade 2), sont encore envisageables. Le tout est de procéder à des séances régulières mais courtes pour ne pas traumatiser davantage le chiot.

Le syndrome de dyssocialisation primaire

Ce trouble est dû à l’absence de la mère à partir de la 5ème semaine de la vie du chiot. Il y a alors un défaut de l’apprentissage des conduites sociales. En clair, le chien ne sait pas parler « chien », il n’a pas les codes canins requis pour une bonne entente avec ses congénères.

Entre leur 5ème semaine et leur 12ème semaine, les chiots de la portée apprennent les codes de communication, de fait, si la mère est absente ou si elle n’est pas suffisamment équilibrée, les chiots n’ont pas accès à cet apprentissage. C’est pour cette raison que j’insiste sur l’importance du choix de l’élevage ainsi que le respect de l’âge légal d’adoption, étant de 8 semaines.

Comment peut-on repérer ce trouble ?

Le chiot a de mauvais comportements sociaux, il peut avoir des réactions inappropriées face aux contraintes par exemple, les réprimandes ou les sanctions de la part de ses maîtres. Les contacts avec ses congénères sont bien entendu difficiles à gérer, soit le chien a peur, soit il est agressif envers les autres chiens. En effet, lorsqu’un chien n’a aucun code, il panique, et les seules solutions qui s’offrent à lui sont soit la fuite, soit l’agressivité. On peut également observer un hyper attachement face à son maître.

Afin d’éviter ce trouble, il est bien entendu indispensable de laisser le chiot dans sa fratrie jusqu’à ses 8 semaines car c’est grâce à sa mère ainsi qu’aux autres chiots de la portée qu’il apprendra les codes de communication canine. De plus, on pourra proposer des rencontres régulières avec d’autres chiens, mais attention, il faut que ces rencontres soient toujours vécues positivement pour ne pas traumatiser le chien davantage et de préférence avec des chiens très calmes et équilibrés car les chiens apprennent aussi par imitation de l’autre.

Bien entendu, n’ayez pas peur en lisant cet article. Oui, votre chien a peut-être un ou deux symptômes exposés ici, mais ne vous alarmez pas, il n’a pas nécessairement de trouble du comportement pour autant. C’est un peu comme si vous tapiez « maux de tête » sur internet, en deux minutes, vous êtes atteint d’une tumeur au cerveaux. Et bien non, ça ne fonctionne pas ainsi, et heureusement ! Pour pouvoir déceler un tel trouble, il est important de faire appel à des professionnels : vétérinaires ou éducateur canin comportementaliste. Cela nécessite une observation et une analyse. De plus, il est toujours très important de connaitre l’environnement dans lequel a évolué le chiot lors des premières semaines de sa vie.

Clémentine Turgot
Educateur canin comportementaliste et formatrice chez Nature de Chien
www.naturedechien.fr

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