Mon chien a peur des autres chiens

Votre chien a peur de ses congénères ? Dès qu’il en voit un, il fait demi-tour instantanément, baisse les oreilles et rentre sa queue entre ses pattes ?

Peut être même qu’il grogne ou aboie contre les autres chiens pour leur faire comprendre qu’il ne vaut mieux pas s’approcher ?

Découvrons pourquoi votre chien adopte cette attitude et voici des clés pour éviter ce comportement très gênant au quotidien lors des balades.



La peur, qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord, il est important de souligner que la peur est une émotion engendrée par un élément inconnu ou par un élément connu ayant déjà eu une résonance désagréable pour le chien, ce qu’on appellera alors une mauvaise expérience.

N’oubliez jamais que la peur peut être parfois utile, elle permet d’optimiser les sens et de toujours être à l’affut du moindre danger. A mon sens, il ne faut donc pas chercher à tout prix que son chien n’ait plus peur, mais il faut trouver un juste équilibre afin que ses réactions ne soient pas disproportionnées et que la vie en société soit agréable, que ce soit pour vous ou pour lui.

Déterminer la cause du problème avant tout

De fait, lorsque l’on est face à un chien qui adopte un comportement que l’on appelle gênant, une attitude que l’on souhaiterait modifier ou atténuer, il faut toujours trouver la cause du problème car aucune solution ne pourra être apportée de manière efficace sans une observation des éléments déclencheurs et la recherche du passé du chien pouvant expliquer certains troubles.

Beaucoup diront que c’est du « blablabla » mais, justement, ce « blablabla », ces observations, ces analyses, servent à comprendre le chien que l’on a en face de soi et cela permet de mieux appréhender le problème. Et croyez-moi, lorsque l’on a la cause du problème, on a sa solution.

Plusieurs causes peuvent amener un chien a avoir peur de ses congénères et l’une des plus fréquentes et le manque de socialisation lors des premiers mois de sa vie en tant que chiot, période pendant laquelle il se forge un caractère et enregistre toutes ses bonnes et mauvaises expériences. De fait, si votre chien, lorsqu’il était chiot, n’a eu aucun contact ou uniquement des contacts engendrant de mauvaises expériences, il est « normal » que ce dernier ait développé une crainte vis à vis de ses congénères.

C’est pour cette raison que je recommande fortement aux nouveaux adoptants d’emmener leur chiot dans ce que l’on appelle des écoles du chiot. Mais faut-il encore trouver la bonne école car il ne suffit pas de mettre plein de chiots ensemble et d’attendre de voir ce qu’il se passe. Les rencontres doivent être réfléchies au préalable et contrôlées afin de ne pas renforcer inconsciemment une mauvaise attitude. Les rencontres doivent être régulières et toujours positives afin que votre chiot assimile ses congénères comme quelque chose de positif. On privilégiera d’ailleurs, au début, des rencontres avec des chiens de même gabarit car si l’on présente une petit chien peu rassuré à un chien de grande taille débordant d’énergie, cela pourrait provoquer un traumatisme, voire une phobie à terme.

Puis, ensuite, on ne s’arrête pas là, même une fois adulte, il est très important de ne pas laisser ses rencontres devenir rares car cela pourrait engendrer une perte des codes canins chez votre chien, n’ayant plus l’habitude de côtoyer d’autres toutous.

L’attitude du maître

Un autre élément très important dans l’éducation d’un chiot « timide » ou la rééducation d’un chien phobique : c’est l’attitude de ses maîtres. En effet, souvent, on a tendance a vouloir rassurer nos chiens en les caressant et en leur parlant très gentiment. Or, cette attitude aura davantage comme effet de renforcer leur comportement gênant et votre attitude ne fera que les valider dans leur peur. En clair, en caressant votre chien lorsqu’il a une attitude de peur, vous lui dites que son attitude est la bonne et qu’il pourra la réitérer pour avoir une caresse à nouveau.

Lorsque vous êtes face à une attitude de peur de votre chien, préférez rester calme et très détendue afin qu’il imite votre attitude. Et oui, le chien, en plus d’apprendre par association, apprend par imitation. Si, vous aussi, avez peur ou êtes dans un mauvais état d’esprit, votre chien le ressentira automatiquement, d’autant plus s’il est sensible.

N’oubliez jamais que nos amis à quatre pattes sont de vraies éponges à émotion, si vous êtes détendu, ils le seront, si vous n’êtes pas à l’aise, ils le ressentiront et agiront en fonction de cela. De plus, si vous le « réconfortez » en le caressant ou si vous même vous êtes en état de crainte, votre chien pourrait comprendre qu’il a toutes les raisons du monde d’avoir peur à cet instant précis. Or, c’est l’inverse que l’on veut lui apprendre, on veut lui apprendre à ne plus réagir à l’extrême et gérer les rencontres congénères comme des « non événements » finalement.

Comment faire ?

Que ce soit avec un chiot à éduquer ou avec un chien peureux à rééduquer, il faudra procéder par étapes. C’est un point très important en éducation : le fractionnement de chaque apprentissage par différentes étapes. Oui car, se confronter à sa phobie de manière brutale pour essayer de la vaincre, est souvent davantage traumatisant que productif, vous en conviendrez.

De fait, on commencera par un apprentissage à distance, de préférence avec un chien peu réactif, socialisé et équilibré en face. Puis, ensuite, on diminuera la distance entre les deux chiens. On récompensera le chien uniquement lorsqu’il ne montrera pas d’attitude de peur. On privilégiera le rythme d’apprentissage du chien, qui est propre à chacun. Pour certains, les différentes étapes seront franchies rapidement, pour d’autres, il faudra se montrer patient et respectueux, toujours.

Puis, on répétera de façon très régulière les séances pour permettre une habituation. Oui, le chien apprend également par habituation c’est à dire avec la répétition de l’exercice. On commencera par l’emmener régulièrement dans des endroits vastes où il pourra voir, au loin, des chiens, sans rentrer en contact avec eux. On restera à distance, et surtout, on ne fera pas durer la séance trop longtemps car on ne veut pas que notre chien assimile ces séances d’éducation ou rééducation à quelque chose de pénible et négatif.

Ensuite, si vous entreprenez d’emmener votre chien dans des endroits où il y a une forte fréquentation canine, pensez toujours à lui proposer des temps de détente, loin des autres chiens, afin qu’il puisse « souffler » un peu. Mais surtout, proposez des promenades régulières à votre chien afin qu’il comprenne que les sorties ne sont pas synonymes de danger, bien au contraire. Et c’est vraiment avec la répétition et la régularité que vous réussirez à obtenir des résultats. Vouloir aller trop vite n’est absolument pas adaptée à un apprentissage fiable et solide. C’est pour cela qu’il est très important de toujours bien observer et connaitre son chien afin de bien anticiper ses réactions et avoir conscience de ses limites.

Enfin, vous pouvez apprendre à votre chien que la présence d’autres chiens engendre pour lui quelque chose de positif. On appelle cela le contre conditionnement afin qu’il puisse assimiler quelque chose, qui était à la base, négatif, à quelque chose de positif. Je m’explique : si vous avez peur des chevaux mais qu’à chaque fois que vous en voyez un, on vous donne un billet de 500€, je mets ma main à couper qu’au bout d’un certain temps, plus ou moins long selon les individus, voir des chevaux sera plutôt positif pour vous.

Et bien proposez la même chose à votre toutou, je pense notamment à une séance de jeu que vous pourriez proposer à votre chien lorsque vous voyez, au loin, d’autres chiens. Ainsi, il se fixera davantage sur vous et ne fera finalement plus attention aux autres chiens qui évoluent au loin. Cela aura comme double avantage, en plus, de renforcer votre relation car le jeu est un très bon moyen de création et/ou de renforcement de la relation maitre/chien.

Pour résumer

Si vous avez un chien craintif et qui a peur des autres chiens, pensez à :

  • Chercher la source, la cause du problème afin de le régler de manière efficace et adaptée.
  • Ne jamais valider / renforcer / caresser un chien qui a peur.
  • Éduquer ou rééduquer par étapes.
  • Ne pas aller trop vite dans l’apprentissage au risque de traumatiser davantage le chien.
  • S’adapter au rythme d’apprentissage du chien.
  • Proposer des rencontres congénères régulières et toujours positives.
  • Proposer des séances courtes mais répétées.
  • Être patient et assidu dans la démarche d’éducation ou rééducation.
  • Travailler par imitation, association et habituation.
  • Avoir toujours la bonne attitude, être maitre de soi avant d’être maitre de son chien.

Clémentine Turgot
Educateur canin comportementaliste Nature de Chien
www.naturedechien.fr

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