Trois heures quotidiennes avec son chien : le projet de loi qui divise l’Australie

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Le territoire de la capitale australienne (État de Canberra) fait actuellement débat avec un projet de loi inédit qui pourrait obliger les propriétaires de chiens à passer au minimum trois heures par jour avec leur animal.

Cette proposition, ouverte aux commentaires publics jusqu'au 22 août, s'inscrit dans une refonte complète du Code de Pratique pour le Bien-être des Chiens, datant de 2010 et jugé obsolète.

Une reconnaissance pionnière de la sensibilité animale

Depuis 2019, le territoire de Canberra s'est distingué en devenant la première juridiction mondiale à reconnaître légalement les animaux comme des "êtres sensibles" plutôt que comme de simples biens. Cette approche révolutionnaire considère que les animaux peuvent ressentir plaisir et douleur, et que ces émotions comptent dans leur prise en charge.

Les chiens sont des animaux profondément sociaux ; ils ressentent des émotions et ont besoin de stimulation mentale en plus de nourriture et d'un abri, explique Rhiannon Kwateng, porte-parole de la RSPCA Australie. Cette philosophie guide désormais l'élaboration de nouvelles normes obligatoires que devront respecter tous les propriétaires de chiens du territoire.

Des mesures strictes aux lourdes sanctions

Le projet de code va bien au-delà de la simple obligation de contact humain. Il prévoit notamment l'interdiction de l'ablation des cordes vocales, sauf en dernier recours avant l'euthanasie et uniquement par un vétérinaire agréé. Les laisses extensibles seraient également réglementées, étant jugées dangereuses pour le contrôle de l'animal.

Les sanctions financières accompagnant ces nouvelles règles sont particulièrement dissuasives. Les propriétaires qui enferment leurs chiens sans leur permettre de faire de l'exercice pendant plus d'une journée risquent une amende pouvant atteindre 4 000 dollars australiens (environ 2 200 euros). Plus grave encore, laisser un animal non attaché dans un véhicule en mouvement peut conduire à un an d'emprisonnement ou 16 000 dollars d'amende.

Le projet double également les peines pour cruauté envers les animaux, les portant à deux ans d'emprisonnement ou 32 000 dollars australiens d'amende. Une nouveauté juridique permet même à toute personne d'intervenir en pénétrant dans un véhicule pour sauver un animal en danger, si elle agit de bonne foi et qu'aucune autre option raisonnable n'existe.

Une communauté divisée sur la faisabilité

La mesure des trois heures quotidiennes suscite de vives réactions parmi les Australiens. "Cela semble être une bonne idée au premier abord, mais cela ne semble pas avoir été bien pensé", déplore Tam Goddard, propriétaire de chien interrogée par ABC Net. Les critiques s'interrogent sur la définition pratique de ce "contact humain" et sur les modalités de contrôle de cette obligation.

Certains habitants dénoncent ce qu'ils considèrent comme une "idée déconnectée" des vraies priorités sociétales. "Se soucient-ils du contact humain avec les sans-abri ?", questionne une résidente, pointant du doigt d'autres urgences sociales négligées selon elle.

L'expertise scientifique nuance le débat

Susan Hazel, professeure associée à l'École des Sciences Animales et Vétérinaires de l'Université d'Adélaïde, apporte un éclairage scientifique au débat. Selon elle, la qualité du temps passé avec l'animal importe davantage que la quantité. "Trois heures sur une période de 24 heures sont probablement réalisables pour beaucoup de gens, en comptant les promenades, les caresses, les repas et l'attention à la maison", observe-t-elle.

L'experte souligne que cette approche quantitative s'inspire de mesures similaires adoptées ailleurs. En Allemagne, la loi exige des propriétaires qu'ils promènent leurs chiens deux fois par jour pendant au moins une heure chaque fois. Les règles suédoises stipulent que "les chiens doivent voir leur besoin de contact social satisfait"

Des besoins individualisés selon les animaux

Le défi réside dans l'adaptation aux besoins spécifiques de chaque animal. Un chien d'un an peut apprécier de longues promenades, tandis qu'un chien de 12 ans souffrant d'arthrite trouvera cela douloureux. Certains préfèrent les jeux de balle, d'autres se contentent de moments calmes sur le canapé.

Cette individualisation complique l'application d'une règle uniforme. Entre 14 et 29% des chiens souffrent de problèmes liés à la séparation de leurs maîtres, se manifestant par des aboiements, des tentatives d'évasion ou des comportements destructeurs.

Un débat qui transcende les frontières

Bien que les modalités d'application restent floues - notamment concernant les ressources nécessaires au contrôle quotidien de millions de propriétaires - cette proposition lance un débat important sur le bien-être animal. Elle pourrait encourager les futurs acquéreurs à réfléchir sérieusement à leur capacité d'engagement avant d'adopter un chien.

Le projet, élaboré avec l'aide du Comité Consultatif sur le Bien-être Animal incluant la RSPCA ACT, sera inscrit dans la loi dès le début de l'année prochaine si il est adopté. Il illustre une évolution mondiale vers une meilleure prise en compte des besoins émotionnels et physiques de nos compagnons à quatre pattes.

toutoupourlechien.com

Co-fondateur de toutoupourlechien.com, webmaster & rédacteur d'actualités canines.

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