
C'est ce qu'on appelle le « biais consonantique », un mécanisme qui nous aide à découper le flot continu de la parole en mots distincts. Jusqu'à présent, les scientifiques pensaient que cette capacité était propre à notre espèce. Une étude publiée le 24 septembre 2026 dans la revue Science montre que les chiens aussi présentent ce biais. Et de manière encore plus marquée que chez les humains.
Vingt chiens passés à l'EEG
Des chercheurs du laboratoire de neuroéthologie de la communication de l'université Eötvös Loránd (Budapest, Hongrie) ont comparé les réponses cérébrales de 20 adultes hongrois et de 20 chiens de compagnie. Les participants, humains et canins, ont écouté des flux de paroles continues, sans pause ni repère acoustique, pendant que leurs ondes cérébrales étaient enregistrées par électroencéphalogramme (EEG), comme le détaille le communiqué de l'université.
Les enregistrements étaient composés de mots sans signification de trois syllabes. Ils étaient organisés selon 3 schémas différents : l'un où les consonnes formaient la structure régulière des mots, un autre où les voyelles jouaient ce rôle, et un troisième sans aucune régularité.
Le cerveau a tendance à suivre le rythme des sons qu'il perçoit. Plus il détecte facilement une régularité, plus son activité électrique se synchronise avec ce rythme.
Un biais encore plus fort que chez l'humain
Les résultats sont sans équivoque. Chez les chiens comme chez les humains, le cerveau suivait significativement mieux le rythme des mots construits sur des consonnes que sur des voyelles.
La réponse neuronale des chiens aux régularités consonantiques était 42 % plus forte qu'aux régularités vocaliques, contre 25 % chez les humains.
Autrement dit, nos chiens sont encore plus sensibles que nous à la structure consonantique des mots.
Une exposition à la parole suffit
Autre surprise : les chiens qui avaient passé leurs 3 premiers mois dans la rue ou en refuge, sans environnement familial riche en paroles, présentaient le même biais consonantique que les chiens élevés en famille. Selon les auteurs de l'étude, cela indique que ce biais ne nécessite pas une période critique précoce pour se développer.
Attila Andics, qui dirige le laboratoire de neuroéthologie de la communication à l'université Eötvös Loránd, tire une conclusion importante de ces travaux :
« La seule raison pour laquelle les chiens de compagnie ont un biais consonantique, c'est que la parole humaine, et plus précisément les caractéristiques des mots, a remodelé leur cerveau. »
Le biais consonantique n'exigerait donc pas des capacités linguistiques complexes propres à l'humain, mais reposerait sur un apprentissage statistique plus simple, à la portée d'autres mammifères vivant à notre contact.
Deux différences entre espèces
L'étude a également relevé des différences. Les humains parvenaient à détecter les mots structurés sur les voyelles, quoique moins bien que ceux basés sur les consonnes. Chez les chiens, cette capacité n'est pas apparue dans l'étude. Le cerveau humain se synchronisait avec le rythme des sons de la parole (chaque phonème), tandis que celui du chien suivait le rythme syllabique, une résolution plus grossière.
Ces travaux ouvrent des pistes fascinantes sur la manière dont les chiens nous comprennent. Comme le résume Nick Enfield, linguiste à l'université de Sydney, interrogé par New Scientist : « La leçon à retenir pourrait être de donner à votre chien un nom comportant davantage de consonnes que de voyelles. »
Vous pouvez en apprendre davantage sur la perception du langage chez le chien dans notre article Pourquoi les chiens penchent-ils la tête quand on leur parle ? ainsi que dans celui expliquant comment les chiens sont capables de distinguer leur « langue maternelle » d'une autre langue.
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