Adopter un chien maltraité : comment bien procéder ?

chien maltraité

Lorsque l’on adopte un chien, que ce soit en refuge, via une association ou encore par le biais d’un particulier qui souhaite se séparer de son toutou, on ne sait jamais vraiment quel est son passé.

Au mieux on connait certains détails mais on ne pourra jamais être sûr à 100% des conditions de vie réelles du chien en question. Il faut donc savoir créer une nouvelle relation, en ayant toujours en tête le passé potentiellement douloureux du chien.

Qu’est-ce qu’un chien maltraité ?

Lorsque je parle de passé douloureux, je ne parle pas uniquement d’un passé physiquement douloureux. Bien entendu, de nombreux chiens se font maltraiter physiquement mais malheureusement la plus grande des maltraitances reste celle que l’on ne soupçonne pas.

Je m’explique, cela pourra paraître un peu extrême pour certains, mais à mon sens, la maltraitance est bien plus présente que ce que l’on croit au sein de certains foyers et elle est d’ailleurs dans de nombreux cas, complètement inconsciente.

Un chien maltraité est un chien qui, par définition, n’a pas eu de bons traitements. On peut alors y intégrer de nombreux manquements et de nombreuses erreurs souvent commises par des maîtres peu soucieux du devenir de leur animal ou qui n’ont tout simplement pas conscience des besoins de leur chien.

Pour que mon discours soit un peu moins extrême, je pourrais utiliser le terme de non-bienveillance plutôt que de maltraitance, mais dans tous les cas, cela revient au même en ce qui concerne l’état physique et émotionnel du chien. Ainsi, à titre d’exemple, un chien à qui on ne laisse pas la possibilité de se dépenser physiquement, mentalement, et de manière olfactive est selon moi un chien maltraité.

On parlera, en général, de maltraitance uniquement lorsque ces manquements auront un impact physique et comportemental sur le chien avec de lourdes conséquences, mais à mon sens, par exemple, au delà d’une semaine sans sortir se balader et se dépenser : un chien est maltraité !

Bien traiter un chien c’est donc le respecter dans sa vraie nature, c’est prendre en considération ses besoins et faire en sorte qu’il puisse les combler, c’est lui permettre de vivre sereinement et d’être bien dans ses pattes, et c’est lui proposer un cadre de vie rassurant et aimant.

Adopter un chien maltraité : les signes qui ne trompent pas

Si vous connaissez le passé du chien que vous adoptez, et que les personnes qui l’ont recueilli vous donne davantage de détails sur les éventuels traumatismes physiques et/ou mentaux : tant mieux !

Toutefois, parfois on ne connait vraiment rien des éventuelles mauvaises expériences du chien que l’on adopte. Et parfois on ne soupçonne même pas une éventuelle maltraitance ! Mais laissez-moi vous lister quelques comportements qui pourront vous mettre la puce à l’oreille.

  • Vous avez du mal à caresser et/ou simplement approcher votre chien. Il est très distant et vous avez du mal à instaurer une relation de confiance.
  • Ou, à contrario, votre nouveau compagnon de vie vous suit partout, est constamment collé à vous et est toujours en demande d’attention et d’affection.
  • Vous observez chez votre chien des séquelles physiques avec certaines parties du corps où votre chien semble avoir mal.
  • Dès que vous approchez votre chien, que vous vous penchez, ne serait-ce que pour le caresser, il baisse la tête, détourne le regard et/ou la tête, a la queue entre les jambes, voire se met complètement sur le dos.
  • A des attitudes de crainte, voire agressives, en présence de personnes qu’il ne connait pas ou en présence de personne du même « genre » que son ancien propriétaire.

Adopter un chien maltraité : un retour à l’équilibre

Pour créer une relation de confiance avec votre chien, vous devez répondre à ses besoins. Voici quelques routines que vous devrez ré-instaurer avec votre nouveau compagnon.

La nourriture

Lui donner à manger matin et/ou soir en privilégiant bien entendu une alimentation de qualité. Laissez votre chien tranquille lors de son/ses repas car vous ne savez pas s’il en a été privé par le passé ou s’il a été battu à ce moment là. Votre chien doit comprendre qu’il peut manger tranquillement sans se faire déranger. Vous pourrez toutefois, par la suite, lui faire comprendre que votre présence à côté de la gamelle n’est pas synonyme de violences ou de restrictions en passant sans rien faire ou en passant en lui rajoutant de la nourriture afin qu’il assimile votre présence à quelque chose de positif.

L’espace

Lui donner un endroit à lui, dans lequel il pourra se réfugier s’il en ressent le besoin à tout moment de la journée. Attention, le panier de votre chien doit être respecté ! S’il est dedans, n’allez pas le déranger, même si c’est pour le caresser, préférez l’appeler pour qu’il vienne à vous. Vous pouvez d’ailleurs opter pour une caisse/niche d’intérieur en guise de panier (avec la porte toujours ouverte) pour que votre chien se sente encore plus en sécurité lorsqu’il est à sa place. La place de votre chien doit se trouver dans un coin de votre pièce à vivre, dans un endroit sans trop de passage et où votre chien pourra se reposer sereinement.

Les balades

Lui permettre de sortir le plus souvent possible et ce, de manière quotidienne. Il ne s’agit pas de le sortir qu’une fois par semaine en espérant que tous ces besoins de dépenses physiques et olfactives seront comblés. Votre chien doit pouvoir se dépenser en dehors de son jardin et surtout sentir tous les messages laissés par les copains. On fera en sorte de sortir son chien environ 1h par jour (avec une balade d’au moins 30 minutes consécutives).

Les jeux

Pour renforcer votre relation, rien de mieux que des séances de jeux avec vous. Vous pouvez privilégier des jeux ludiques ET éducatifs en favorisant des jeux de recherche, de réflexion et/ou d’auto-contrôle. Accordez du temps à votre chien, ce n’est pas une plante verte. Attention toutefois, au début votre chien sera peut être encore un peu trop sensible pour vous faire suffisamment confiance et jouer avec vous. N’hésitez pas à prendre le temps d’instaurer une vraie routine et de bonnes habitudes avant de commencer à jouer avec lui. Pour certains, cette transition sera plus longue que pour d’autres.

Les rencontres avec les congénères

Pour permettre à votre chien de retrouver un équilibre, il sera très important de lui proposer des rencontres avec ses congénères. Ces rencontres devront bien entendu être contrôlées et positives, pour se faire, les chiens devront être choisis (sexe opposé, même gabarit, chien équilibré et codé etc.) et l’environnement de la rencontre devra être adapté (endroit neutre et vaste). Vous pouvez d’ailleurs faire appel à un éducateur canin professionnel qui saura quel chien présenter selon le tempérament du votre. Le chien est un animal social avant tout, il a besoin d’avoir des contacts réguliers avec ses congénères. Cela lui permettra de renforcer ou re-développer ses codes canins, mais aussi de se dépenser physiquement et surtout socialement.

Adopter un chien maltraité : la bonne attitude

Votre attitude sera déterminante dans le processus d’adoption d’un chien maltraité ! En effet, vous devrez vous adapter constamment à votre chien au début. Être patient, respecter ses éventuelles craintes, être cohérent et surtout ne jamais traumatiser davantage le chien en question.

Cela peut paraître évident, mais parfois sans le vouloir on aggrave la situation. Notamment lorsque l’on souhaite aller trop vite dans les apprentissages ou l’avancement de la relation.

De plus, vous devrez avoir une attitude rassurante pour votre chien. Si vous avez aussi peur de lui, il n’arrivera pas à retrouver un équilibre émotionnel. Le chien est une éponge à émotion, ainsi, si vous n’êtes pas sûr de vous, il se sentira en insécurité… Alors que si vous savez où vous allez et comment y aller, il vous suivra avec plaisir, confiance et intérêt.

Ne pas tout lui céder

Aussi, attention de ne pas être trop envahissant pour le chien. En effet, parfois lorsque l’on adopte un chien maltraité, on a envie d’être toujours aux petits soins et de ne jamais le laisser pour qu’il sente combien on l’aime et combien on sera toujours là pour lui… Alors c’est bien, mais attention car cela ne lui rendra pas forcément service. En effet, attention à ne pas rendre vos (trop nombreux) contacts avec votre chien stressants et envahissants pour lui.

Et oui car il faut laisser à votre chien des temps de repos, des temps où il n’aura pas besoin de votre présence pour être bien. C’est d’ailleurs un premier pas pour ne pas que votre chien ne développe un hyper attachement et une anxiété liée à la séparation par la suite.

En effet, un chien à qui l’on accorde toute notre attention pourrait se retrouver mal à l’aise et frustré lorsqu’il n’aura pas accès à cette attention (lorsque vous êtes occupé ou tout simplement absent). Et un chien frustré qui n’arrive pas à gérer cette émotion peut faire de nombreux dégâts.

Reprendre le contrôle

En parallèle de tout le travail consistant à retrouver une relation basée sur de la confiance, vous devez également reprendre le contrôle de votre animal, toujours dans l’optique de lui proposer un environnement sécurisant.

Cela implique donc de mettre ou remettre en place des bases éducatives mais en privilégiant ici la technique du R+/P- (récompense positive, punition négative). En clair, on favorise la récompense des bons comportements et on évite les punitions qui consistent à ajouter quelque chose de désagréable pour le chien (P+). Pour « punir » son chien, on préfèrera retirer quelque chose d’agréable afin de ne pas le traumatiser davantage (P-).

Par exemple : votre chien vous saute dessus pour vous dire bonjour, au lieu de le gronder et/ou de le repousser physiquement (cad l’ajout de quelque chose de désagréable. P+), on préférera interrompre toutes interactions sociales en lui tournant le dos (on retire alors quelque chose d’agréable pour le chien à savoir le contact. P-).

Puis, on apprendra au chien les apprentissages de base permettant une bonne intégration au sein du groupe social mais aussi au sein de la société de manière générale en lui apprenant des indications de statique (assis, couché), de renoncement (tu laisses) et de rappel. Le tout avec un renforcement positif pour que le chien entre dans une dynamique de coopération avec son maître plutôt que de crainte.

Je vous invite fortement à faire appel à un éducateur canin professionnel pour qu’il vous accompagne dans ces différents apprentissages afin d’adopter les méthodes qui seront adaptées à votre animal ainsi que la bonne attitude.

Les conseils supplémentaires

  • N’oubliez pas d’identifier votre chien, de lui mettre un collier avec une médaille portant son nom et votre numéro de téléphone car un chien qui n’est pas à l’aise dans une situation pourrait avoir le réflexe de fuir. Mettez donc toutes les chances de votre côté pour pouvoir le retrouver.
  • Soyez patient car un chien maltraité pourra avoir des difficultés à refaire confiance à un humain. Ne cherchez pas à aller trop vite et adaptez-vous au rythme de votre animal.
  • Soyez cohérent : ni trop laxiste, ni trop sévère. Trouver votre juste équilibre dans la relation avec votre chien.
  • Faites vous aider par un professionnel ! Il pourra vous guider notamment pour travailler divers exercices de contre conditionnement ou de désensibilisation face à d’éventuels objets/situations qui rendent mal à l’aise votre chien.




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