La coprophagie chez le chien

La coprophagie chez le chien
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Votre chien mange ses crottes, celles du chat ou d’un autre chien ? On dit alors qu’il est coprophage. Ce comportement est-il normal ou pathologique ? Comment l’expliquer et comment y remédier ?

Qu’est-ce que la coprophagie ?

On parle de coprophagie chez le chien quand ce dernier mange ses propres excréments ou ceux d’autres animaux (voire ceux des êtres humains).

Selon une étude parue dans la revue Veterinary Medicine and Science, la coprophagie est un comportement relativement courant chez le chien car sur 1500 propriétaires de chiens sondés, près d’un maître sur 4 a déjà vu son chien manger des crottes.

Dans certains cas bien particuliers, ce comportement est tout à fait normal. C’est le cas chez la chienne pendant les 2 à 3 premières semaines de la vie de ses chiots. La mère ingère les matières fécales de ses petits après avoir léché leur périnée pour provoquer leur défécation en vue de garder son nid propre. La coprophagie est également normale chez les chiots lorsqu’ils commencent à explorer leur environnement à la manière d’un bébé qui serait dans sa phase orale et qui découvre le monde en portant tous les objets à sa bouche.

Mais, bien que répandu, ce comportement devient anormal quand il est fréquent et répétitif chez le chien adulte. Il peut alors être dû à des troubles médicaux ou comportementaux.

Les causes de la coprophagie chez le chien

La coprophagie d’origine médicale

Un excrément dans lequel persistent des nutriments peu ou pas digérés (matières grasses, protéines, amidon…) reste « appétissant » pour un chien qui va donc chercher à le manger. La persistance d’éléments non digérés dans les excréments – et donc la coprophagie qui lui est associée peut avoir des origines variées comme :

La présence de parasites dans l’intestin

De nombreux parasites digestifs du chien peuvent perturber l’assimilation des nutriments dans l’intestin qui se retrouvent alors dans les selles.

Les gastrites chroniques et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin

Ces affections pourraient favoriser la coprophagie en affectant l’efficacité de la digestion des nutriments.

Un déficit enzymatique

Les chiens qui appartiennent à des races rustiques comme les Beaucerons, les chiens de chasse ou bien encore les races nordiques possèdent moins d’amylase, l’enzyme permettant la digestion de l’amidon. Ainsi, lorsque leur alimentation apporte trop d’amidon par rapport à leur capacité de digestion de ce glucide (ce qui est le cas de la plupart des croquettes pour chien), leurs crottes contiennent alors des grains d’amidon non digérés qui les rendent appétentes.

Les chiens qui souffrent d’une insuffisance pancréatique exocrine « produisent » également des crottes qui contiennent encore de nombreux nutriments dont des graisses. Leurs selles ont généralement un aspect jaunâtre, luisant, gras et pâteux qu’on appelle une stéatorrhée. La maladie est en effet à l’origine d’un manque d’enzymes digestives responsable d’un syndrome de malabsorption/maldigestion qui peut expliquer une coprophagie.

Une alimentation peu digeste

Lorsqu’un chien ne parvient pas à digérer correctement ses aliments, on retrouve à l’intérieur de ses excréments divers éléments nutritifs n’ayant pas été complètement digérés. Ils sont alors susceptibles d’être ingérés à nouveau puisque qu’ils rendent les excréments appétents.

Cette mauvaise digestion peut se produire :

  • en cas de changement brutal d’alimentation sans que le maître de l’animal n’ait pratiqué de transition alimentaire,
  • lorsque l’animal est trop nourri. La quantité de nourriture présente dans son système digestif dépasse alors ses capacités à la digérer correctement et les nutriments non digérés se retrouvent dans ses fecès,
  • lorsque l’animal mange trop vite. Cela peut être le cas lorsqu’il se trouve en compétition avec d’autres chiens lors des repas. Il avale alors trop rapidement des quantités de nourriture qui dépassent ses capacités digestives enzymatiques. Il en résulte une accélération de son transit digestif et une mauvaise assimilation des nutriments qui se retrouvent alors presque intacts dans ses crottes,
  • lorsque l’alimentation du chien est de mauvaise qualité : trop riche en amidon, en fibres végétales, en protéines végétales, en protéines animales non digestes ou en matières grasses. Cela peut être le cas avec des croquettes bas-de-gamme fabriquées avec trop de céréales et/ou de légumineuses et trop peu de matières carnées de bonne qualité.

Enfin, l’industrie du « pet-food » utilise un certain nombre de facteurs d’appétence pour favoriser l’acceptation des croquettes par le chien. Ces facteurs d’appétence sollicitent les sens du goût et l’odorat du chien. Seul hic : on peut retrouver ces arômes et ces exhausteurs de goûts dans les crottes des chiens nourris avec ces croquettes car ils traversent le tube digestif sans être digérés ou absorbés.

La dépression d’involution du vieux chien

La dépression d’involution est une affection qui touche certains chiens âgés qui semblent alors « retomber en enfance ». Ces chiens peuvent ainsi redevenir malpropres et ont tendance à manger n’importe quoi dont des excréments…à la manière des chiots.

Cette affection peut aussi être liée à une anxiété non traitée, à une maladie hormonale comme un syndrome de Cushing ou une hypothyroïdie ou à l’évolution d’une tumeur cérébrale.

La coprophagie d’origine comportementale

En l’absence de raisons « médicales » qui pourrait expliquer le fait que le chien mange ses excréments ou ceux d’autres animaux, il existe des explications comportementales à la coprophagie.

Un comportement instinctif

La consommation occasionnelle d’excréments d’herbivores serait un comportement instinctif qui n’aurait rien d’inquiétant chez le chien adulte d’un point de vue comportemental. L’ingestion d’une bouse de vache, d’un crottin de cheval ou de crottes de lapin trouverait en effet sa source dans le fait que les ancêtres des chiens dévoraient les intestins de leurs proies et qu’ils en auraient aujourd’hui conservé l’attrait. Les chiens pourraient en effet y trouver des nutriments d’origine végétale prédigérés et donc plus digestes pour eux, de la vitamine B et des acides gras volatils dont le goût et l’odeur sont très attirants pour le chien.

Une étude parue en 2018 dans la revue Animals va d’ailleurs dans ce sens. Portant sur un groupe de chiens errants du Zimbabwe, cette étude a révélé que les excréments humains représentaient 21% du régime alimentaire de ces chiens. Or, dans cette région du globe, le régime alimentaire est composé principalement d’aliments végétaux comme le Sadza, une bouillie de maïs relativement pauvres en protéines qui, parce qu’elles sont d’origine végétale, seraient de toute façon peu digestes pour les chiens. Les crottes humaines que les chiens consomment couramment contiendraient en effet 18,7% de ces protéines (contre seulement 8,3% pour le Sadza). Manger des crottes serait donc pour ces chiens une très bonne façon de valoriser les aliments d'origine végétale en les faisant prédigérer d'abord par un autre « animal » (dans le cas de cette étude, l’Homme) mieux équipé « digestivement » que lui.

Le syndrome d’hypersensibilité-hyperactivité

La coprophagie d’un chien peut trouver son origine dans un trouble du développement de l’animal qui concerne un déficit des autocontrôles et des filtres sensoriels que le chiot doit normalement acquérir avant ses 4 mois. Ce syndrome d’hypersensibilité-hyperactivité se manifeste par une excitation qui monte très vite et que le chien ne contrôle pas, l’apparition de troubles obsessionnels compulsifs, une hypervigilance qui rend très difficile leur concentration et tout apprentissage ainsi qu’un fort besoin d’exploration orale de leur environnement. Ce sont généralement des chiens très gloutons, qui prennent tout en gueule et qui ont tendance à avaler tout et n’importe quoi dont…des crottes.

Ce trouble trouve son origine dans une séparation trop précoce de la mère et du chiot ou dans une incapacité de la mère à lui enseigner les auto-contrôles. Cela arrive si la mère est immature, souffre elle-même de ce trouble ou si la portée est trop nombreuse et rend impossible ce « travail » d’apprentissage.

Un manque d’espace

Les chiens sont des animaux qui ont plutôt un sens inné de l’hygiène et qui vont faire leurs besoins loin de leur couchage et de l’endroit où ils ont l’habitude de manger. Quand l’espace du chien est trop restreint, il peut avaler ses crottes ou celles des congénères qui partagent son environnement afin de dégager le lieu de vie des déjections afin de le garder propre.

La peur d’être puni

Une punition trop sévère (cris ou pire, des violences de la part du maître) ou intervenue à retardement lorsque le chien a fait ses besoins à l’intérieur du domicile lors de l’apprentissage de la propreté peut l’inciter à faire disparaître ses excréments par un comportement coprophage. En effet, si l’on est trop brutal avec le chien lors de l’apprentissage de la propreté, le chien ne comprend pas que son maître ne veut « pas de caca dans la maison » mais il comprend simplement que « caca= punition ». Pour éviter de se faire disputer, il mange alors ses excréments afin de les cacher à son maître.

Manger ses selles peut aussi relever du jeu pour le chien qui souhaite alors ramasser sa crotte avant que son maître ne le fasse, comme s’il entrait dans une sorte de compétition avec lui.

L’ennui, le stress et l’anxiété

Un chien qui s’ennuie cherchera tous les moyens qui sont en sa possession pour attirer l’attention de son maître et la coprophagie en fait partie. En effet, il y a de fortes chances que vous réagissiez en voyant votre chien déguster des excréments, soit en le disputant, soit en essayant de l’en empêcher. Bingo ! Il a alors obtenu satisfaction en ayant réussi à attirer votre attention et le fait que vous ayez réagi renforce encore son comportement.

Le stress et l’anxiété chez le chien peuvent aussi être à l’origine de coprophagie entre autres comportements gênants comme des vocalises, des automutilations, des troubles obsessionnels compulsifs…autant de comportements qu’on appelle des activités substitutives pour rendre le stress et l’anxiété un peu plus supportables.

Mon chien mange des crottes : quel sont les risques ?

La coprophagie chez le chien peut être responsable :

  • d’une mauvaise haleine,
  • d’une toxi-infection alimentaire par l’ingestion de crottes contaminées par des bactéries, des virus ou des champignons pathogènes. Ces affections sont plus fréquentes chez les chiens âgés et chez les chiots bien qu’elles puissent toucher les chiens adultes également,
  • d’une transmission des parasites intestinaux évacués dans les excréments par voie orale.

Comment remédier à la coprophagie du chien ?

Pour remédier efficacement contre la coprophagie du chien, il faut avant tout déterminer la cause du problème.

Si la cause de comportement est d’origine médicale, seul un traitement prescrit par un vétérinaire permettra d’en venir à bout. Il peut s’agir :

  • d’un traitement vermifuge en cas de parasitisme digestif,
  • d’une supplémentation enzymatique en cas d’insuffisance pancréatique exocrine,
  • d’un traitement anti-inflammatoire en cas de gastrite chronique,
  • Etc.

Si la coprophagie trouve sa source dans une alimentation peu digeste, plusieurs stratégies sont envisageables :

  • changer l’alimentation du chien pour une alimentation de meilleure qualité et/ou plus digeste : passage d’une alimentation à base de croquettes à une alimentation maison ou sélection d’une marque de croquettes pour chien de meilleure qualité nutritionnelle,
  • effectuer tous les changements d’alimentation de façon progressive en respectant une transition alimentaire progressive,
  • revoir les quantités distribuées à l’animal à la baisse en fonction de ses besoins afin de ne pas le sur-nourrir avec l’aide d’un vétérinaire,
  • laisser manger l’animal seul à l’écart de ses congénères et en essayant de ralentir le rythme d’ingestion de ses repas à l’aide d’une gamelle anti-glouton.

Si la coprophagie de votre chien est lié à un syndrome d’hypersensibilité-hyperactivité, il sera nécessaire d’envisager un traitement médicamenteux prescrit par un vétérinaire (idéalement un vétérinaire comportementaliste) associé à une thérapie comportementale menée avec l’appui d’un professionnel du comportement canin.

Si, enfin, la coprophagie de votre chien est lié à un autre problème d’ordre comportemental, nous vous conseillons de mettre en pratique tous les conseils de notre éducatrice comportementaliste canin qui a consacré tout un article à cet épineux sujet de la coprophagie.




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