Les chiens de troupeau sont les plus grands alliés des éleveurs, que ce soit des élevages ovins, bovins ou tous autres élevages nécessitant de déplacer une troupe.

S’ils sont bien dressés, les chiens de troupeau permettent un gain de temps inouï pour leurs maîtres afin de déplacer, réunir et orienter leurs troupes.

Malgré l’instinct très développé de certains chiens, notamment les chiens spécifiquement sélectionnés pour leurs capacités d’initiative, de rassemblement, etc. il est très important de contrôler son chien et donc de lui apprendre à ne pas écouter uniquement que son instinct mais aussi son maître.

En effet, le contrôle du chien permettra d’anticiper et prévenir les éventuels risques, notamment lorsque ce sont des troupeaux bovins par exemple : un coup de sabot ou la charge d’un bovin peut blesser grièvement un chien. Et à l’inverse, on contrôlera pour éviter par exemple qu’un chien qui n’arrive pas à s’imposer tente de créer du mouvement en pinçant/mordant les animaux à déplacer.

De plus, avoir un chien de travail à ses côtés, lorsqu’on choisi le chien en question pour sa réelle « utilité » (que ce soit pour le troupeau, la chasse ou le traineau) permet de créer un lien tout à fait particulier entre le maître et son chien. Travailler ensemble permet d’ajouter une plus-value énorme dans la relation car une réelle complicité naît !

L’importance du choix du chiot

Pour parvenir à dresser un chien de troupeau, le choix du chiot est très important ! Trois critères principaux entrent en jeu.

Critère n°1 : la génétique

Bien entendu, il sera important de choisir un chien de troupeau descendant d’une bonne lignée de travail. Si les parents du chiot étaient de très bons chiens de troupeau, vous mettez alors toutes les chances de votre côté. Toutefois, il arrive qu’il y ait des exceptions… Mon chien par exemple : Border Collie descendant d’une lignée de travail de très grande qualité, et pourtant il n’avait que très peu d’intérêt pour la chose au départ (c’est d’ailleurs pour cette raison que je l’ai adopté car son éleveur n’en voulait plus).

De plus, prenons justement l’exemple du Border Collie : il fait partie des très rares races pour lesquelles le standard n’est confirmé que par le travail et non par la beauté. De fait, si votre chiot est d’ores et déjà inscrit au LOF (Live des Origines Français) lorsque vous l’adoptez (attention aux arnaques, demandez bien tous les papiers justificatifs), cela signifie que ses parents ont confirmé leurs aptitudes de travail au troupeau.

En reproduction, + et + ne font pas forcément +, cela ne se vérifie pas toujours, mais il s’avère que cela participe grandement à avoir un chiot +++ ! Ainsi, si vous souhaitez adopter un chien de troupeau, et le faire travailler sur un vrai troupeau de manière régulière avec des enjeux professionnels derrière, renseignez-vous bien sur les capacités des parents et leurs lignées respectives.

Critère n°2 : le caractère

Un bon chien de troupeau est un chien qui sait se faire respecter, même d’un grand troupeau de vaches qui font 40 fois son poids. De fait, il faudra vraiment choisir le chiot de la portée le plus téméraire et courageux.

Lors du choix d’un chiot « lambda » dans une portée, on conseillera toujours aux particuliers de ni prendre le chiot qui se cache, ni celui qui vient vers eux car celui qui se cache aura un tempérament peut être trop craintif et celui qui vient vers eux aura certainement un tempérament très affirmé.

Or, lorsque l’on choisit un chien de travail, il ne doit avoir peur de rien et être à vos côtés à tout prix. Il doit pouvoir assumer les situations difficiles et ne pas vous décevoir. Cela peut paraitre un peu rude, mais un chien de travail n’est pas une peluche ni un chien de canapé : c’est un réel partenaire de travail en qui le maître doit avoir une totale confiance.

Ainsi, dans ce genre de contexte, on choisira davantage le chiot qui vient vers nous spontanément car ce sera, à coup sûr, le chien qui aura le caractère le plus affirmé de sa portée car malgré son très jeune âge, il n’hésite pas à aller vers l’inconnu (vous) et s’il se laisse, de plus, manipuler, papouiller etc. : jackpot !

Critère n°3 : le développement

Puis, le développement sera très important également. D’ailleurs, pour tous les chiots le développement est important car il permet de définir de manière presque certaine l’avenir et les réactions futures du chien une fois adulte face à telle ou telle situation.

Par exemple, un chiot qui a été séparé trop tôt de sa mère n’aura alors pas profité des apprentissages maternels indispensables au bon équilibre futur du chien, comme l’inhibition de la morsure, l’exploration en étoile, etc. Ces apprentissages permettent aux chiots de la portée d’une part, de savoir se contrôler, notamment à travers la force de leur mâchoire, et d’autre part, d’apprendre à découvrir un environnement nouveau dans des conditions sereines de sécurité.

Si ces apprentissages ne sont pas amorcés dès les 3 ou 4 premières semaines du chiot, il aura des difficultés à se calmer, des difficultés à gérer les nouveaux environnements/objets/personnes qui l’entourent ou encore tout simplement des difficultés à vivre sereinement.

De plus, la socialisation sera très importante pendant cette période de développement. Le chien ayant naturellement et instinctivement peur de ce qu’il ne connait pas, il doit pouvoir avoir vécu un maximum d’expériences positives dans divers contextes. Le mieux étant de le familiariser un maximum avec les situations qu’il sera amené à vivre dans sa vie d’adulte. Et ce travail doit être amorcé au sein même de l’élevage, dès le 1er mois du chiot. Le choix de l’élevage sera donc déterminant.

En clair, vous l’aurez compris : un bon développement est essentiel ! Que ce soit d’ailleurs pour un chien « lambda » ou un chien de travail. Mais l’exigence sera davantage présente pour un chien de travail car on aura besoin qu’il ait un bon équilibre pour pouvoir compter sur lui et collaborer sereinement avec lui.

Toutefois, un simple « bon développement » ne suffira pas à faire d’un chien de troupeau un bon chien de troupeau. Un réel travail et un réel apprentissage seront à mettre en place, et ce sur plusieurs semaines/mois, voire années car le chien apprend tout au long de sa vie.

L’éducation du chien de troupeau

Dans un premier temps, il est très important d’apprendre à son chiot les ordres de base pour réussir à le contrôler déjà sans forcément qu’il n’y ait de stimulations environnantes ou de travail particulier à accomplir. Ainsi, on ne présentera pas nécessairement le chiot directement au troupeau.

De plus, si vous allez trop vite dans l’apprentissage, des erreurs seront commises et cela pourrait « dégouter » votre chien du travail, il perdrait alors sa motivation et son envie de travailler. Et sachez qu’il est bien plus facile d’apprendre quelque chose à un chien plutôt que de lui « désapprendre » pour lui réapprendre.

Autre point très important, l’éducation d’un chien de troupeau doit être ferme mais pas trop stricte non plus car ce que l’on recherche chez un bon chien de troupeau c’est sa capacité à prendre des initiatives ! Ainsi, le maître devra apprendre à son chien de troupeau les ordres de base, notamment le « stop » pour parvenir à contrôler son chien mais devra également le laisser s’exprimer tout en pouvant le stopper si besoin.

L’apprentissage des ordres spécifiques à la conduite de troupeau

Une fois que les ordres de base sont acquis (lorsque je parle des ordres de base, ce sont ceux que l’on apprendrait à n’importe quel chiot : assis, couché, pas bouger, rappel, etc.) vous pourrez alors passer aux ordres spécifiques à la conduite de troupeau.

Pour ce faire, le mieux est de participer à des stages de conduite de troupeau avec des éleveurs expérimentés qui pourront vous guider pas à pas. En effet, l’apprentissage de la conduite de troupeau, autant pour le chien que pour son maître ne s’improvise pas. Il faut être patient et être en totale connexion avec son chien. Certains éleveurs préfèreront d’ailleurs un outil de travail demandant moins d’effort comme un quad par exemple car il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir dresser un chien de troupeau.

Mais laissez-moi vous décrire ma petite expérience de conduite de troupeau avec mon Border Collie. J’ai tout simplement participé à des stages de conduite de troupeau (sur ovins). Nous avons tout d’abord travaillé sans contact direct avec le troupeau. En clair, quelques moutons étaient placés dans un cercle clôturé et H (mon Border Collie) et moi même étions à l’extérieur.

Ce premier exercice est très important car il nous permet de voir, de manière sécurisé, le comportement du chien vis à vis du troupeau et surtout, cela nous apprend à nous placer. Car oui, le placement est très important : le maître et son chien doivent toujours être en face l’un de l’autre, on appelle cela la position « 12H – 6H ».

Cela est particulièrement difficile à expliquer par écrit mais en clair, on doit laisser le chien tourner autour du cercle sans jamais passer derrière nous. En gros : il ne doit faire que des demi-cercles. Et cela nous permet d’ailleurs de lui apprendre les directions droite et gauche.

Muni d’un bâton de berger, (ou d’une canne tout simplement) dès que H venait vers moi, je lui barrais la route en lui donnant la direction à prendre. S’il arrivait par ma droite (il tournait donc vers la gauche), je le stoppais et disais « droite ».

Ensuite petit à petit on pourra faire travailler le chien sur un troupeau en semi liberté (dans un champ clôturé), puis ensuite lui demander des exercices plus complexes comme aller chercher le troupeau, le séparer en deux groupes, faire monter le troupeau dans une bétaillère, etc. Car oui, au début, le travail consiste simplement à apprendre au chien à maintenir le troupeau groupé (on fera d’ailleurs en sorte d’avoir un troupeau calme et habitué à la présence d’un chien) pour ensuite travailler des exercices plus techniques qu’il sera impossible de détailler par écrit ici : le mieux étant de le voir directement ! Car chaque chien est différent et donc chaque manière de travailler le sera également.

Pour conclure, que ce soit pour des raisons professionnelles ou simplement pour faire plaisir au chien de troupeau que vous avez adopté, je vous conseille vivement de participer à des stages de conduite de troupeau de manière plus ou moins régulière selon vos envies et besoins, et surtout de vous enrichir de l’expérience d’autres éleveurs.

Personnellement c’est en allant rendre visite à un éleveur Gallois en Haute Savoie que j’ai eu le déclic. Il a voulu tester mon chien de 2 ans qui n’avait pour ainsi dire jamais travaillé (puisqu’il ne s’était pas « déclaré au troupeau », c’est à dire qu’il n’avait pas les instincts naturels de conduite) et il en a fait un chien extraordinaire. Ce qui m’a ensuite donné l’envie de participer à des stages. Malheureusement notre manque d’entrainements réguliers fait que les rares fois où nous participons à des stages désormais, l’envie et la motivation sont tellement présentes et fortes chez mon chien qu’il a du mal  se contrôler et canaliser son énergie, ce que je ne peux absolument pas lui reprocher ! Mais c’est une activité qui m’a permis de connaître davantage mon chien et de créer une nouvelle complicité !

Et si vous n’avez pas de troupeaux ou de stages de conduite de troupeaux près de chez vous, testez le Treibball ! C’est du « foot géant » pour chien qui ressemble (presque) à de la conduite de troupeau, sauf que c’est plutôt de la conduite de gros ballons.

Dans tous les cas, renseignez-vous, les chiens ont besoin qu’on leur propose des activités qui répondent à leurs instincts naturels.




Nature de chien

Par Clémentine TURGOT

Éducateur canin comportementaliste chez Nature de Chien (www.naturedechien.fr)