France 5 : « Quelles croquettes pour nos bêtes ? » dézingue l’industrie de la croquette

le

Le doc du dimanche 8 octobre 2017 sur France 5 était consacré à l’alimentation industrielle de nos animaux de compagnie. Une émission riche en enseignements…à voir ou à revoir.

croquettes

© Crédit photo: image d'illustration Pixabay

Le doc du dimanche sur France 5 diffusé le 8 octobre 2017 était consacré à l’alimentation industrielle de nos chiens et chats. L’enquête, riche en enseignements pour tous les propriétaires d’animaux, dézingue l’industrie juteuse des croquettes à l’instar du livre « Toxic Croquettes » du Dr Jutta Ziegler. Nous revenons en quelques points clés sur les apports de cette enquête édifiante…

Les croquettes en chiffres, un marché juteux pour les industriels

Le documentaire nous apprend que la France compte actuellement 7 millions de chiens et 13 millions de chats et que 80% d’entre eux sont nourris avec des aliments industriels que comptent les pâtées et les croquettes. Ce marché représente un volume annuel équivalent à 810 000 tonnes de croquettes dont la moitié sont vendues en grande surface pour un chiffre d’affaire de 3.4 milliards d’euros en 2016 !

Ces chiffres expliquent à eux seuls que le marché des aliments pour animaux de compagnie représente aujourd’hui un enjeu colossal pour les grandes surfaces qui les commercialisent ainsi que pour les fabricants d’aliments industriels. Dans le reportage, un chef de rayon Carrefour explique que les propriétaires d’animaux dépensent en moyenne 7 fois plus que les autres clients du magasin pour les produits d’épicerie dont font partie les produits du rayon animalerie. Ces dépenses s’élèveraient à 800€ en moyenne par an pour les propriétaires de chien pour la seule alimentation de leur animal. Des statistiques qui expliquent qu’aujourd’hui, on trouve des linéaires d’aliments industriels pour animaux de plus en plus étendus avec une offre pléthorique qui ne compte pas moins d’un millier de références de croquettes.

En France, deux grands groupes industriels se partagent d’ailleurs à eux seuls la production de 15 marques différentes de croquettes pour chiens et chats. Il s’agit de Nestlé avec les marques pour chien Friskies, Purina One, Fido, Purina ProPlan et du groupe Mars avec les non moins célèbres Royal Canin, Canigou, Pedigree, Frolic, César ou bien encore Perfect fit.

Mais cette offre pléthorique, répond-elle vraiment aux besoins nutritionnels et physiologiques de nos chiens ? Ou s’agit-il uniquement d’une offre basée sur l’appât du gain des fabricants d’aliments ? Le reportage nous donne quelques éléments de réponse…

Des croquettes trop riches en céréales

Pour y répondre, les enquêteurs de France 5 ont d’abord soulevé la question cruciale de la composition des croquettes. Ils se sont intéressés en particulier à deux ingrédients qui composent les croquettes : la « viande » et les céréales.

C’est d’abord la question de la qualité des matières premières carnées qui a été abordée et là, les journalistes n’ont pas obtenu beaucoup de réponses de la part des industriels. Certains utilisent des sous-produits animaux frais (comprenez des restes d’abattoir qui comprennent bas morceaux, viandes restées sur les carcasses, abats …) quand d’autres utilisent uniquement des protéines animales transformées issues de farines animales obtenues par le broyage, la cuisson et le séchage de carcasses. S’il est exclu par la règlementation que les sous-produits animaux comprennent des carcasses issues de bêtes de boucherie malades, les journalistes en revanche n’excluent pas le fait que des sabots, des cornes, de la peau, des poils ou de la laine fassent partie de ces sous-produits qui entrent dans la composition des aliments pour animaux…Appétissant, n’est-ce pas ?*

Quant à la question des céréales qui composent les croquettes, les journalistes ont soulevé deux lièvres : leur contamination en mycotoxines ainsi que leur proportion réelle dans les croquettes. Pour ce faire, les journalistes qui ont réalisé l’enquête ont pris l’appui d’un laboratoire indépendant Belge auprès duquel ils ont fait analyser un échantillon composé de 8 marques de croquettes représentatives du marché français. Cet échantillon était constitué de croquettes allant des produits d’entrée de gamme jusqu’aux croquettes Premium vendues en cabinet vétérinaire. Après analyse, il s’avère que toutes les croquettes contiennent des mycotoxines, des substances produites par des champignons microscopiques sur les céréales au champ ou lors de leur stockage. Ces mycotoxines, si elles sont consommées de façon répétée, sont responsables de l’apparition de problèmes de santé mais elles ne sont pas l’apanage de la nourriture pour animaux, comme l’explique notre article sur les croquettes. Les croquettes analysées pour les besoins du reportage en contenaient cependant dans des quantités inférieures aux recommandations légales.

Toutes les croquettes analysées, premium comme haut de gamme, contiennent plus de 40% de glucides – des « sucres » apportés par les céréales dont les chiens et les chats – carnivores de leur état – n’ont pas besoin dans de telles proportions. Deux marques analysées en contiennent même plus de 50% (certainement les croquettes premiers prix, ndlr).

D’après le Dr Sylvia Morand, vétérinaire et spécialiste des médecines naturelles et complémentaires en Lorraine, interrogée pour les besoins du reportage, la plupart de ces aliments seraient en réalité peu adaptés au chien. Et cela pour plusieurs raisons :

  • le carnivore qu’est le chien n’a pas besoin de glucides dans son alimentation car son organisme est capable d’en synthétiser à partir de la viande grâce à un procédé appelé la néoglucogénèse,
  • le tube digestif des carnivores est trop court pour pouvoir digérer les fibres des céréales en grande quantité comme pourraient le faire les herbivores chez qui le bol alimentaire reste beaucoup plus longtemps dans l’organisme.

Selon le Dr Morand, un excès de glucides dans l’alimentation serait responsable de l’apparition de 50 à 60% des maladies chroniques des animaux traités dans son cabinet. Parmi ces maladies, on peut citer le diabète, l’obésité ou des problèmes cutanés liés à une intolérance alimentaire. Des problèmes de santé dont on ne voit pas les effets immédiatement et qui se manifestent après plusieurs années d’alimentation industrielle inadaptée mais qui expliqueraient en partie que les dépenses vétérinaires aient augmenté de 70% ces dix dernières années… en même temps que l’engouement pour les croquettes.

En dépit de ce faisceau de présomptions, le reportage soulève néanmoins le fait qu’actuellement aucune étude scientifique indépendante n’établisse clairement le lien entre alimentation industrielle et apparition de maladies chroniques chez les animaux domestiques.

Des industriels peu transparents

Le doute sur le bien-fondé des croquettes pour la santé de nos animaux domestiques est alimenté voire renforcé par le manque de transparence des industriels qui ont été nombreux à refuser d’ouvrir leurs portes aux journalistes et enquêteurs de France 5. Ces derniers n’ont pas pu observer les matières premières animales qui entrent dans la composition des croquettes à l’exception des matières premières d’une seule usine en Normandie.

Les étiquettes des aliments elles-mêmes n’échappent pas au manque de transparence des industriels dont on apprend qu’ils ont fait pression sur les députés européens, via la FEDIAF (fédération qui regroupe tous les fabricants d’aliments pour chiens et chats en Europe), pour imposer un guide de bonnes pratiques d’étiquetage écrit par les industriels eux-mêmes. Ce guide, désormais annexé au règlement européen qui édicte les règles d’étiquetage des aliments pour animaux de compagnie, ne fait jamais mention des glucides dans les constituants analytiques qui figurent sur les paquets de croquettes. Une hérésie quand on sait que les glucides représentent 40 à 55% des nutriments de la plupart des croquettes ! Une façon pour les industriels de désinformer le client en masquant le fait qu’ils ont besoin d’ajouter de l’amidon via les céréales pour fabriquer leurs croquettes.

Alors que faire ? Apprendre à mieux décrypter les étiquettes pour faire le bon choix de croquettes (car il en existe de bonne qualité) ou se tourner vers une alimentation ménagère…pour savoir ce que votre animal mange vraiment !

Pour voir ou revoir l’émission, rendez-vous sur France 5 où une rediffusion est prévue le dimanche 15 octobre 2017 à 17h30 , sur le replay de la chaîne jusqu’au samedi 14 octobre 2017 ou sur Youtube.

*ndlr : les journalistes ont reproché aux croquettes d’être susceptibles de contenir des poils, des plumes, des sabots, des cornes et de la laine. En réalité, la réglementation est très claire là-dessus : tous ces produits (à l’exception de farines de plumes hydrolysées présentes dans un aliment thérapeutique) sont exclus de l’alimentation animale. Cette interdiction repose sur le guide de bonnes pratiques FACCO/FEDIAF dont il est justement question dans le reportage, élaboré par les industriels eux même et annexé au règlement européen.

Par Guylaine VANDEKERKHOVE

cac1a8ef2714837c8178d0b74c0262c8yyyyyyyyyyyyyyyyyy