Frustration chez le chien : lui apprendre à la gérer

Tout comme nous, les chiens doivent apprendre, et ce le plus tôt possible, à gérer ce sentiment épouvantable qu’est la frustration.

Souvenez-vous de ce moment où vous avez dû renoncer à quelque chose qui vous tenait vraiment à cœur ? Pas super comme souvenir n’est-ce pas ? Et pourtant vous avez su gérer votre frustration car vous avez appris, dès tout petit, à le faire. En revanche, si ce n’est pas le cas, c’est que vous êtes surement resté au stade de l’enfant qui fait une crise au milieu des rayons du supermarché pour un paquet de bonbons. Et vous en conviendrez, cela engendre de légers problèmes comportementaux et de vie en société de manière générale.

Et bien pour nos chers toutous, c’est la même chose : l’apprentissage de la frustration est primordial et très important car il permet d’instaurer un équilibre dans la relation humain / chien et de ce fait, permet l’intégration des chiens dans nos vies et une cohabitation harmonieuse.

Ne pas apprendre à nos chiens à gérer leur frustration engendre des troubles comportementaux et un déséquilibre dans nos relations avec eux.



Comment apprendre à son chien à gérer sa frustration ?

Mais, me direz vous, comment apprendre à son chien à gérer sa frustration ? Et bien, je vous répondrai, tout simplement en instaurant des règles de vie à la maison et en jouant. Oui oui, vous avez bien lu : en jouant !

Avant de passer aux divers exercices/jeux que je vous propose pour apprendre à votre chien à gérer sa frustration, voyons les quelques règles de vie à mettre en place à la maison afin d’obtenir une cohabitation humain / chien correcte et surtout vivable.

J’ajoute par ailleurs que ces règles sont valables autant pour un chien sans véritable problème comportemental que pour un chien adoptant des comportements gênants comme des destructions, des malpropretés ou encore du vol de nourriture par exemple.

Instaurer des règles à la maison

Règle n°1 : Répondre aux besoins de son chien

Ne dit-on pas toujours que le respect, ça marche dans les deux sens ? Alors pour que votre chien vous écoute, ait confiance en vous et vous considère comme un être fiable, vous vous devez de répondre et respecter ses besoins primaires et sociaux. Vous avez envie que votre chien soit bien dans ses pattes ? Alors proposez lui 30 minutes de véritable dépense quotidiennement et à l’extérieur de votre jardin. De plus, multipliez autant que possible les rencontres positives avec ses congénères. N’oubliez jamais que les chiens sont des animaux sociaux et qu’ils ont besoin de voir leurs semblables, jouer avec eux et se dépenser.

Règle n°2 : La gestion des ressources

  • La gestion de la nourriture : votre chien doit manger seul et en 15 minutes maximum (jusqu’à 30 minutes pour les chiots). Pourquoi ne pas lui laisser sa gamelle en libre service au cas où il aurait un petit creux dans la journée ? Et bien tout d’abord pour des raisons évidentes de rythme alimentaire : manger un peu tout au long de la journée signifie être toujours plus en moins en période de digestion. En cas d’activité, votre chien risque alors un retournement d’estomac s’il vient de manger. De plus, il est important que vous, le maitre, soyez à l’initiative de cette ressource. De fait, c’est à vous de décider du début et de la fin du repas de votre chien.
  • La gestion des contacts : tout comme pour la nourriture, vous devez être à l’initiative des contacts de votre chien, que ce soit avec vous ou avec tout autre personne. C’est à vous de décider du début et de la fin de chaque activité, que ce soit des caresses, une séance de jeu ou l’accueil des invités par exemple. Je vous conseille donc d’ignorer toute tentative d’approche de votre toutou et appelez-le lorsqu’il est passé à autre chose. Votre chien comprendra alors qu’il n’a pas accès à toutes ces ressources quand il le souhaite mais que c’est à vous, son être d’attachement, sa « figure parentale », son être de confiance, de décider pour lui en quelque sorte. Attention, je ne vous dis absolument pas d’être froid, distant ou irrespectueux envers votre animal, loin de là. Ces conseils consistent simplement à mettre en place une relation saine entre un animal et son humain.
  • La gestion de son espace pour finir : vous devez proposer à votre chien un panier, une caisse ou une niche confortable, dans la pièce à vivre de votre maison. Cette place ne doit pas se situer au milieu de la pièce ni dans un endroit stratégique comme en bas d’un escalier ou à côté d’une porte par exemple. Et oui, votre chien doit pouvoir être tranquille, ne pas être dérangé par des allées et venues lorsqu’il est dans son panier. Donner une place à son chien lui permet d’avoir un endroit « refuge » dans votre maison, un lieu sans trop de passages et où, surtout, personne ne viendra l’embêter. Je pense notamment aux enfants qui vont souvent voir le chien lorsqu’il est en train de dormir dans son panier : mauvaise idée. Le chien pourrait venir à défendre cette place qui est la sienne et surtout défendre le lieu qu’il considérait comme sécurisant et avoir une réaction non appréciée de la part de nous, humains.

Règle n°3 : Votre attitude en dit long

La communication va dans les deux sens. Si vous voulez que votre chien vous écoute, si vous voulez qu’il vous respecte, vous devez faire de même. Oui, oui, vous devez « écouter » votre chien, lire et décrypter les signaux qu’il vous envoie à longueur de journée. De plus, vous devez être cohérent quant à vos postures, vos intonations de voix, vos gestes et le bon timing de vos récompenses. Cela permettra à votre chien de comprendre ce que vous attendez de lui. De fait, il comprendra beaucoup mieux une interdiction de votre part si vous êtes cohérent et respectueux.

Exercices et jeux pour travailler le renoncement

Maintenant que vous avez mis en place ces petites règles à la maison et afin de pouvoir apprendre à votre chien de manière concrète à gérer sa frustration, je vous propose ce que j’appelle des « exercices/jeux » pour travailler le renoncement.

Tout d’abord, le renoncement : qu’est-ce que c’est ? C’est réussir à stopper une action en cours ou stopper une intention de faire, suite ou non à l’intervention du maître. Pour un apprentissage réussi, votre chien doit faire l’association suivante : renoncer, c’est gagner !

Si je fais comprendre à mon chien que s’il lâche son jouet, il obtient une récompense (une caresse, une friandise ou un autre jouet), si je fais comprendre à mon chien que s’il revient vers moi plutôt que de continuer sa course au lapin il aura une récompense, alors mon chien comprendra que renoncer, c’est positif. Tout l’enjeu est donc là : il faut jouer sur la motivation du chien et le renforcement de votre relation avec lui.

Je parlais précédemment de stopper une action en cours ou stopper une intention de faire. Notez que pour l’apprentissage du renoncement et donc de la frustration, au début, on stoppera toute intention de faire au risque de mettre le chien en échec si l’action est déjà en cours.

Je m’explique, il faut toujours favoriser la réussite lors des premiers apprentissages. Pour faire une petite comparaison, c’est comme si on vous refusait l’accès à un concert alors que vous êtes déjà dans la salle à attendre l’arrivée de l’artiste avec impatience, votre frustration sera énorme et difficilement « gérable »; alors que si on vous interdit l’accès dès le départ, avant même de rentrer dans la salle de spectacle et que l’on vous explique pourquoi, la frustration sera moins difficile à encaisser.

Et bien pour nos chers toutous c’est la même chose : interdire au chien de s’intéresser aux gâteaux d’apéritif sur la table basse sera beaucoup plus simple que de lui demander de recracher le saucisson entier qu’il vient d’avaler. N’est-ce pas ? On viendra donc stopper l’intention de faire au lieu de stopper l’action qui est en cours dans un premier temps.

Enfin, je vous propose de finir avec deux « exercices/jeux » pour apprendre à votre chien le renoncement, afin qu’il gère de mieux en mieux la frustration.

Exercice/jeu n°1 : Le jeu du ON/OFF

Le principe de ce jeu est très simple, il permet de renforcer les auto-contrôles de votre chien, lui apprendre à se calmer sur demande mais aussi et surtout, ce jeu permet de renforcer votre relation avec lui ! Le plus important dans cet exercice/jeu : votre posture corporelle ainsi que vos intonations de voix :

Etape 1 : Prenez une corde à nœud ou un boudin. Tout en gardant le jouet dans la main (ne le lâchez jamais), indiquez à votre chien « choppe » ou « prends », comme vous souhaitez. Le but est que ce soit toujours le même mot et que vous le disiez d’un ton enthousiaste d’appel au jeu. Soyez courbé en avant et dans une attitude très positive afin que votre chien imite votre attitude.

Etape 2 : Pour stopper le jeu, redressez vous et dites d’un ton assuré : « tu lâches » ou « tu donnes ». Si votre chien ne veut pas rendre le jouet, vous pouvez essayer de troquer contre une friandise ou un autre jouet d’une valeur égale pour lui. Surtout ne rentrez pas dans une « bagarre de traction », si votre chien tire sur le jouet, essayez de rester immobile sans tirer sur le jouer à votre tour.

Etape 3 : Recommencez ceci plusieurs fois. A la fin du jeu, reprenez le jouet, ne le lui laissez pas à disposition. Vous n’avez pas oublié ce que l’on disait au début n’est-ce pas ? Toujours être à l’initiative du début et de la fin des activités !

Exercice/jeu n°2 : Le jeu du « renoncer c’est gagner »

Pour cet exercice/jeu vous avez besoin de friandises. Cet exercice/jeu permet vraiment de faire comprendre à votre chien que lorsqu’il renonce, lorsqu’il accepte la frustration : il gagne !

Etape 1 : Prenez une poignée de friandises dans votre main. Proposez une friandise à votre chien en lui indiquant « Ouiiiii »

Etape 2 : Refaites la même chose avec une seconde friandise. N’oubliez pas d’insister sur le « Ouiiiii »

Etape 3 : Pour la troisième fois, proposez la friandise à votre chien sans le laisser la prendre et dites « Hey Hey » d’un ton assez ferme. Le but étant de « crisper » le chien, lui indiquer qu’il ne doit pas prendre cette friandise. Votre intonation jouera un rôle important pour cette étape.

Etape 4 : Si votre chien renonce et détourne, ne serait-ce que très légèrement son regard de la friandise, dites « Ouiiii » et donnez lui.

Voilà, votre chien a compris qu’en renonçant, il gagnait, qu’en acceptant sa frustration, il gagnait !

Ces exercices/jeux sont à faire quotidiennement, ne vous attendez pas à ce que votre toutou y arrive du premier coup, soyez sûr de vous, adoptez les bonnes attitudes, les bonnes intonations, ainsi qu’une bonne cohérence globale, notamment grâce aux règles de vie à mettre en place à la maison.

Clémentine Turgot
Educateur canin comportementaliste et formatrice chez Nature de Chien
www.naturedechien.fr

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