
Financé par la Fondation Rockefeller à hauteur de l'équivalent de 9 millions de dollars actuels, le projet a mobilisé des moyens impressionnants. Un laboratoire spécialement construit sur une ferme dans le Maine, plus de 500 chiots de cinq races différentes, et 13 années d'observation continue.
Chaque chiot était suivi dès la naissance, avec une attention particulière portée aux premières réactions, aux interactions avec les frères et sœurs, et à chaque étape du développement.
Un projet qui voulait prouver que l'intelligence est héréditaire
À l'époque, Alan Gregg dirigeait la division des sciences médicales de la Fondation Rockefeller et était chargé d'allouer les fonds philanthropiques privés de l'organisation.
Convaincu que l'intelligence était avant tout une affaire de gènes, il espérait qu'en sélectionnant les chiens les plus performants, on obtiendrait une race supérieure.
Les chercheurs John Paul Scott et John Fuller ont donc soumis les chiots à de nombreux tests : parcours dans des labyrinthes pour mesurer leur capacité à trouver de la nourriture, exercices d'apprentissage répétés pour évaluer leurs progrès, évaluation de leur tempérament et de leur réactivité émotionnelle.
Mais les résultats ont pris une tout autre direction que celle espérée par le financeur. Leur étude a montré que certaines races réussissaient mieux certains exercices, mais qu'aucune ne faisait mieux sur l'ensemble des tests. Les chercheurs en ont conclu qu'aucune race ne pouvait être considérée comme plus intelligente qu'une autre.
Pour Scott et Fuller, ces résultats constituaient une réponse aux eugénistes et à leur projet de chien supérieur créé par une sélection poussée. Chez un animal social, les différentes qualités sont réparties au sein de la population par nature et un groupe qui fonctionne a besoin que tous les rôles soient couverts.
L'expérience a aussi montré que les aptitudes varient selon le contexte. Les basenjis, par exemple, étaient craintifs face à des situations nouvelles mais pas du tout peureux face à d'autres chiens.
Ces différences de tempérament entre races existent mais elles ne se résument pas à une échelle d'intelligence unique.
Ce que l'expérience nous apprend aujourd'hui
Scott et Fuller ont découvert que l'environnement et l'éducation comptent au moins autant que la race.
Leurs travaux sur l'isolement des chiots ont mis en évidence une période critique entre 4 et 12 semaines. Un chiot isolé qui avait des contacts avec un humain ou un chien pendant cette période pouvait ensuite être socialisé normalement.
En revanche, sans aucun contact durant cette fenêtre, il devenait, vers 14 ou 15 semaines, comme un petit animal sauvage, selon un témoignage ultérieur de Scott.
Les chercheurs ont également constaté que les personnalités varient au sein d'une même race, tout comme chez les humains.
Ce que cette histoire nous rappelle, c'est que les capacités de votre chien ne se réduisent pas à sa race. L'éducation, l'environnement et les expériences de la vie jouent un rôle tout aussi important que la génétique.
Que votre chien soit un labrador, un beagle ou un croisé, ce que vous lui apportez au quotidien fait la différence.
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