La thérapie de détachement chez le chien

Vous avez sûrement déjà entendu cette phrase : « C’est trop mignon, mon chien me suit partout, il ne peut pas se passer de moi » ou encore pire « Mon chien m’accompagne même jusqu’aux toilettes ».

Mignon dites-vous ? Non, je dirais plutôt problématique ! Certains renforcent leur ego en trouvant cela tout à fait adorable quand d’autres n’en peuvent plus d’avoir un chien « pot de colle » !

Nous vous proposons ici de vous aider à comprendre pourquoi votre chien agit de la sorte, mais l’objet de cet article est principalement de vous apporter des pistes pour régler ce problème. Car, oui, c’est un problème et sachez qu’en agissant ainsi, votre chien exprime un trouble comportemental et en tant que maître vous ne devez pas renforcer ou laisser faire un tel comportement.

L’hyper-attachement d’un chien à son maître est une chose, mais cela induit dans 99% des cas des problèmes de gestion de la frustration et surtout une incapacité à gérer la solitude. Ce qui, au quotidien, est très compliqué à vivre autant pour vous que pour votre chien bien entendu.

On appelle ce trouble l’hyper attachement ou encore plus communément l’anxiété de séparation. Voyons ensemble ce que cela implique, mais tout d’abord, avant de comprendre ce trouble il faut comprendre comment le détachement s’opère naturellement auprès de la mère.


Le détachement naturel

A l’état naturel, la mère opère un détachement progressif auprès de ses petits à partir de l’âge de 4 mois. Le but étant que ses chiots deviennent autonomes et commencent à s’attacher également aux autres membres du groupe familial.

Comme je l’indiquais, le détachement se fait de manière progressive. Ce n’est pas du jour au lendemain que la mère va venir rejeter ses petits. En effet, cela débute lorsque les chiots, avec leurs dents naissantes, commencent à faire mal à la mère qui va ainsi les repousser. Petit à petit, elle va également leur interdire la couche en les considérant davantage comme des adultes.

Et la domestication dans tout ça ?

Vous l’aurez compris, étant donné qu’à l’état naturel le détachement s’opère à partir de 4 mois, et bien lorsque vous adoptez un petit chiot de 2 mois, il n’a donc pas encore effectué ce détachement. Votre chiot va donc automatiquement s’attacher à un membre de sa nouvelle famille d’adoption. C’est ce que l’on appelle le second attachement primaire.

Bien entendu, il est important au début de renforcer cet attachement afin de permettre au chiot de se sentir en sécurité au sein de son nouveau groupe social. Cet attachement sera d’ailleurs très utile pour débuter l’éducation, notamment la notion de rappel, indication essentielle dans l’apprentissage « de base » du chiot.

Néanmoins, il est tout aussi important d’opérer un détachement progressif tout comme l’aurait fait le premier être d’attachement du chiot, à savoir sa mère. En tant que deuxième être d’attachement, vous vous devez d’effectuer ce détachement afin que votre chiot ne développe pas de trouble d’hyper attachement ou d’anxiété de séparation par la suite.

Nous allons voir ensemble comment procéder à ce détachement de manière progressive mais avant cela, je vous propose de vous lister les différents « symptômes » pouvant vous alerter et vous signifier que votre chien développe un trouble d’hyper attachement.

Comment déceler un trouble d’hyper attachement ou d’anxiété de séparation ?

  • Destructions des objets qui ont l’odeur de l’être d’attachement lorsque le chien se retrouve seul. En agissant ainsi le chien cherche clairement son maître à l’aide de son sens le plus développé à savoir son odorat. Et lorsqu’il trouve un objet ayant l’odeur de l’être d’attachement (un vêtement ou un coussin par exemple), il évacue son stress en le détruisant, cela n’est pas une forme de vengeance mais plutôt un moyen de se rassurer et d’extérioriser son anxiété.
  • Vocalises pouvant s’apparenter à des pleurs lorsque le chien se retrouve seul, comme pour appeler sa mère.
  • Malpropretés symptomatiques d’une mauvaise gestion des émotions du chiot qui n’arrive donc pas à se retenir. L’anxiété peut d’ailleurs provoquer des diarrhées. Notez toutefois que si votre chiot n’a pas atteint l’âge de 6 mois, il est normal qu’il y ait encore des accidents car il ne peut pas encore se retenir suffisamment. De plus, si les malpropretés sont toujours faites au même endroit, cela signifie « simplement » que votre chiot n’a pas appris ni compris qu’il fallait faire dehors. Il faut donc revoir l’apprentissage de la propreté.
  • Le chien qui développe ce trouble aura également des attitudes très juvéniles envers les membres du groupe social, et notamment vis-à-vis de son second être d’attachement : demandes d’attention permanentes, appels au jeu, léchages et mordillements excessifs, etc.
  • Dans certains cas, on observe également chez le chien en question des activités de substitutions pour palier à son anxiété. Cela se traduit la plupart du temps en léchages excessifs d’un membre (souvent la patte arrière). Cela peut entraîner des blessures, il faut donc être très vigilant.

Les 13 conseils pour opérer un détachement progressif

Vous comprenez bien qu’un chien dans cette situation n’est absolument pas heureux. Face à ce constat, mettez donc votre ego de côté ainsi que votre besoin de combler un éventuel manque affectif et réagissez ! Attention, je ne dis pas que tous les maîtres fonctionnent ainsi mais je rencontre énormément de personnes qui laissent faire ce type de comportement car, finalement, cela fait une présence à la maison et après tout c’est pour cela qu’on a des animaux de compagnie, n’est-ce pas ?

Il faut bien comprendre que le chien qui adopte ces différents comportements n’est pas un chien heureux et vous devez permettre à votre toutou de retrouver un équilibre. Et pour ce faire, voici quelques conseils pour opérer le détachement de manière progressive.

J’invite d’ailleurs tous les nouveaux propriétaires de chiot à procéder à ces différentes étapes avant même que les mauvais comportements n’apparaissent. Ne dit-on pas « mieux vaut prévenir que guérir » ?

Conseil n°1 : Ne laissez plus votre chien vous suivre partout. Pour ce faire, n’hésitez pas à instaurer une ou des pièces interdites au sein de votre maison. Souvent, les maîtres choisissent d’interdire l’accès à un étage ou aux chambres par exemple. Ainsi, votre chien comprend qu’il peut être « seul » tout en étant sous le même toit que vous sans que cela ne pose de problème.

Conseil n°2 : Apprenez à votre chien à aller dans son panier et surtout à l’aimer. Le panier ne doit pas servir uniquement de punition mais plutôt de zone de confort et d’apaisement pour le chien. Pour ce faire, rendez son panier le plus confortable possible et installez le dans un endroit calme de votre pièce à vivre, où il n’y aura pas trop de passage et où il pourra y être tranquille. N’hésitez pas à le féliciter très chaleureusement lorsqu’il se rend dans son panier et laissez-lui des friandises et/ou jouets pour qu’il assimile son panier à quelque chose de positif.

Conseil n°3 : Ne dites plus au revoir à votre chien lorsque vous partez de chez vous. En procédant ainsi vous lui transmettez votre éventuel stress et il comprend que ce comportement de « dire au revoir » est le point de départ d’une future période anxiogène pour lui. Ignorez donc votre chien avant de partir et faites comme si vous alliez chercher votre courrier. Et ignorer son chien signifie : ne pas le regarder, ne pas lui parler et ne pas le toucher.

Conseil n°4 : Déconditionnez un maximum les actions qui viendront déclencher l’anxiété de votre chien comme : prendre son sac, mettre son manteau, prendre ses clés, mettre ses chaussures, etc. Pour ce faire, n’hésitez pas à procéder à ces différentes actions régulièrement sans nécessairement partir de chez vous.

Conseil n°5 : Ne partez pas plusieurs heures d’affilées si c’est la première fois que vous laissez votre chien seul. Allez-y de manière progressive, partez d’abord 5 min, puis 10, puis 15, puis 30, etc.

Conseil n°6 : Laissez à votre chien un jouet d’occupation type Kong avec de la nourriture compacte à l’intérieur par exemple afin qu’il associe votre départ à quelque chose de très positif. N’hésitez d’ailleurs pas à découvrir notre article entièrement dédié aux occupations possibles à proposer à nos amis canidés lors de nos absences.

Conseil n°7 : Réduisez un maximum l’espace de liberté de votre chien lorsqu’il est seul. Lui laisser toute la maison avec en plus un accès au jardin par exemple est une erreur. En procédant ainsi, vous ne faites qu’augmenter son stress car il aura énormément d’endroits à « checker » pour vous chercher, beaucoup de fenêtres et portes à surveiller, etc. Certains chiens passent d’ailleurs leur journée à aller et venir d’une pièce à l’autre sans se poser une seule fois.

Conseil n°8 : Si jamais vos absences ne durent pas plus de 3 ou 4 heures, vous pouvez mettre votre chien en caisse de transport, après l’avoir habitué de manière très positive bien entendu.

Conseil n°9 : Lorsque vous rentrez, même si cela semble difficile, ignorez également votre chien. Prenez le temps de poser vos affaires et ensuite, appelez-le pour lui dire bonjour. Cela nous conduit directement au conseil suivant.

Conseil n°10 : Votre chien ne doit plus être à l’initiative des contacts, il doit comprendre que c’est à vous de décider du début et de la fin de chaque activité. C’est une forme d’apprentissage de la frustration. Pour ce faire, lorsque votre chien vient vers vous pour quémander une caresse, à manger ou une séance de jeu, ignorez-le et lorsqu’il passe à autre chose (cela peut aller jusqu’à 15 minutes pour les chiens les plus caractériels donc soyez patient) et ensuite appelez-le pour lui offrir quelque chose. Comme je le disais, cela vaut pour le début mais aussi pour la fin des activités que vous entreprenez avec votre chien, vous devez toujours être à l’initiative. En plus de lui apprendre la gestion de la frustration, ici, vous lui apprenez également que renoncer à quelque chose c’est gagner ensuite. Ce qui est un apprentissage très important au quotidien !

Conseil n°11 : Respectez la règle du « pas vu, pas pris ». Si votre chien a fait des bêtises, que ce soit des destructions ou des malpropretés, en votre absence, ne le grondez pas car il ne comprendrait pas. Le chien vit dans l’instant présent et il ne comprendra pas quel est l’objet de votre colère et/ou de votre sanction.

Conseil n°12 : Si votre chien n’a pas fait de bêtises, ne le récompensez pas non plus. Faites comme si de rien n’était. Car, je le rappelle, le chien vit dans l’instant présent et ne comprendrait pas non plus ce qui lui vaut cet excès de récompenses. Vous devez être cohérent aux yeux de votre chien, et le gronder ou le féliciter de quelque chose qu’il a fait ou pas fait quelques heures avant, n’aura aucun sens pour lui.

Conseil n°13 : Pour être sûr d’avoir un chien adulte équilibré, le détachement doit être effectif à la puberté. L’âge de la puberté n’est pas le même pour tous les chiens et peut varier selon les races ou encore les caractères de chacun. En moyenne, on situe la puberté entre les 4 et 6 mois du chiot. On en revient d’ailleurs à l’âge auquel la mère, de manière naturelle, opère ce fameux détachement, à savoir aux 4 mois des chiots de la portée.

Clémentine Turgot
Educateur canin comportementaliste et formatrice chez Nature de Chien
www.naturedechien.fr

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