Le mastocytome du chien

Le golden retriever est une race prédisposée au mastocytome

Le mastocytome est une forme de cancer de la peau assez courante chez le chien. Quels en sont les signes ? Comment est-il diagnostiqué ? Quels sont les traitements possibles et les chances de guérison ? On vous dit tout dans notre dossier détaillé.

Le mastocytome : définition et symptômes

Le mastocytome est une tumeur cancéreuse de la peau ou du tissu sous-cutané (forme cutanée ou sous-cutanée) ou des intestins (forme digestive). Il s’agit d’une prolifération anarchique des mastocytes, ces cellules de la peau et des tissus conjonctifs impliquées notamment dans les réactions inflammatoires et allergiques.



La forme cutanée du mastocytome

La forme cutanée du mastocytome est la plus courante. Elle représente 20% des tumeurs cutanées chez le chien. Certaines races de chien comme le golden retriever, le boxer et le boston terrier y sont prédisposées. Ces deux dernières races représenteraient même à elles seules 50% des cas de mastocytomes.

La forme cutanée ou sous-cutanée du mastocytome peut se présenter sous deux aspects :

La forme nodulaire

La forme nodulaire d’un mastocytome se caractérise par la présence d’une ou plusieurs masses, appelées nodules, sur ou sous la peau du chien. La ou les masses sont généralement présentes depuis plusieurs mois et ont grossi rapidement. Les nodules bien différenciés peuvent être dépourvus de poils. Ils peuvent avoir des tailles très variables et présenter une couleur rouge typique d’une inflammation et un aspect gonflé (œdème). Ils peuvent provoquer de vives démangeaisons et s’ulcérer.

Les nodules peuvent se trouver un peu partout sur le corps de l’animal : tronc, membre, museau, ongle, muqueuses ou région inguinale…

Toutes les tumeurs ou masses cutanées, découvertes sur votre chien, si petites soient elles, doivent faire l’objet d’une visite chez le vétérinaire. Il pratiquera une biopsie afin de s’assurer du caractère bénin ou malin de la tumeur.

La forme diffuse

Dans la forme diffuse du mastocytome, on n’observe pas de nodule mais un aspect œdémateux (gonflé) et erythémateux (rouge) de la peau. Cette forme touche préférentiellement la région de la vulve chez la femelle, du fourreau et du scrotum chez le chien mâle.

Quelle que soit la forme du mastocytome cutané, il peut être associé à des vomissements et des diarrhées. Ces symptômes digestifs sont dus à la libération d’histamine par les cellules tumorales, une substance à l’origine d’ulcérations digestives.

La forme digestive du mastocytome

Plus rarement, le mastocytome peut se présenter sous forme viscérale en se développant dans le tube digestif. Il se manifeste par la présence d’une masse abdominale, des diarrhées et des vomissements ainsi qu’une anorexie (refus de s’alimenter).

Diagnostic du mastocytome

Détermination du grade histologique

Face à une suspicion de mastocytome, le vétérinaire procèdera en premier lieu à une inspection rigoureuse de toute la surface de la peau du chien afin de détecter la présence éventuelle de plusieurs tumeurs.

Il pratiquera ensuite une cytoponction ou une biopsie, c’est-à-dire un prélèvement de cellules isolées ou d’un petit morceau de tissu au sein de la région où sont localisées les lésions. Ce prélèvement fera l’objet d’une analyse histologique ou cytologique pratiquée par un laboratoire, autrement dit d’une observation au microscope de l’aspect des cellules constitutives de l’échantillon.

Ce premier examen permet de poser (ou d’écarter) le diagnostic de mastocytome avec certitude. Il permet également de déterminer un grade histologique à partir duquel sera déterminé le traitement à mettre en place.

Selon le grading de Patnaik utilisé par les vétérinaires, il existe 3 grades histologiques notés de I à III, de la tumeur la plus différenciée à la moins différenciée. Plus une tumeur est différenciée, plus elle se rapproche de la structure et de la fonction d’un tissu sain, moins elle a de risque de métastaser (se disséminer dans l’organisme) et meilleures sont les chances de survie de l’animal après traitement.

Pour les tumeurs de grade II, les analyses histologiques sont généralement affinées par la détermination de l’index de prolifération tumoral, appelé l’index Ki-67. La détermination de cet index permet de préciser le pronostic et de déterminer plus précisément le traitement à appliquer.

Bilan d’extension

Comme tout cancer, un mastocytome peut se métastaser, c’est-à-dire se propager plus profondément dans l’organisme en « semant » des cellules cancéreuses à distance de la tumeur initiale.

Une fois le diagnostic de mastocytome posé avec certitude, le vétérinaire procédera donc à une batterie d’examens complémentaires afin de faire un bilan d’extension de la maladie et de déterminer à quel stade clinique de la maladie se trouve l’animal.

Le bilan d’extension peut reposer sur :

  • la réalisation d’une échographie abdominale à la recherche d’éventuelles métastases dans la cavité abdominale. Des ponctions de la rate et du foie pour analyse pourront être réalisées lors de cet examen,
  • une ponction de moelle osseuse, notamment pour les mastocytomes de grades histologiques élevés, dans l’objectif de réaliser un myélogramme,
  • une palpation et une ponction des ganglions lymphatiques qui drainent le territoire de la ou des tumeurs détectées suivie d’analyses cytologiques à la recherche d’éventuelles cellules cancéreuses métastasées. Certains ganglions non accessibles peuvent être explorées par imagerie.

Combiné aux analyses histologiques, ce bilan d’extension permettra de guider le vétérinaire dans le choix du traitement à appliquer.

Ces examens peuvent être complétés par un bilan général de santé comprenant un examen cardiaque et des analyses de sang. Ce bilan permet encore d’affiner la stratégie thérapeutique du vétérinaire en fonction de la capacité de l’animal à résister aux futurs traitements qui lui seront appliqués.

Mastocytomes du chien : quels traitements pour quelles chances de survie ?

Dans tous les cas, le vétérinaire pourra prescrire des médicaments anti-sécrétoires gastriques (antihistaminiques de type 2 ou inhibiteurs de la pompe à protons) pour protéger la paroi interne de l’estomac des ulcérations provoquées par la libération d’histamine issue des cellules cancéreuses.

En fonction du résultat des analyses histologiques, du bilan d’extension et de l’état de santé de l’animal, le vétérinaire pourra ensuite choisir parmi plusieurs possibilités de traitement.

Le retrait chirurgical de la tumeur cancéreuse

La chirurgie est le traitement de première intention du mastocytome. Elle peut potentiellement être utilisée pour traiter les mastocytomes de bas grade comme de haut grade. Elle est même généralement le seul traitement nécessaire pour les mastocytomes de grade I.

Elle consiste en un retrait, appelé exérèse, de la tumeur qui se veut le plus large possible (idéalement 2 à 3 cm) autour et sous la tumeur. Si un nœud lymphatique régional est infiltré de cellules cancéreuses, il pourra également être enlevé chirurgicalement.

Les tissus retirés par la chirurgie sont ensuite soumis à de nouvelles analyses histologiques en laboratoire. Si l’analyse histologique fait état de marges infiltrées, c’est-à-dire de la présence de cellules cancéreuses en périphérie du tissu retiré, une nouvelle intervention chirurgicale avec une excision plus large pourra être programmée.

Si cette nouvelle intervention n’est pas réalisable, en raison par exemple d’une localisation difficile pour l’abord chirurgical, une radiothérapie est alors indiquée.

Le taux de survie à 4 ans après une intervention chirurgicale dépend du grade histologique de la tumeur : il est respectivement de 93% et 6% pour les grades I et III. Pour les tumeurs de grade II et d’index Ki-67 inférieur à 10%, les chances de survie à 2 ans après une chirurgie sont de 85 à 90% alors que ces mêmes chances pour une tumeur de grade II et d’index Ki-67 sont seulement de 25 à 30%.

La radiothérapie

La radiothérapie consiste à irradier la tumeur ou la zone opérée avec des rayons gamma. Elle est utilisée lorsque la chirurgie est impossible en raison du volume de la tumeur ou de sa localisation ou après une chirurgie n’ayant pas permis de retirer l’ensemble des tissus cancéreux.

Il s’agit d’un traitement lourd et onéreux pratiqué dans les 2 seuls de centres de radiothérapie vétérinaire en France à Maisons-Alfort et à Villeneuve d’Asq. Son protocole est composé de 4 à 6 séances d’irradiation, nécessitant chacune une anesthésie générale de courte durée pour immobiliser l’animal et une hospitalisation de 5 jours à une semaine.

Les effets secondaires de la radiothérapie sont généralement limités à des brûlures de la peau dans 20% des cas.

Pour des tumeurs de grades II, le taux de survie à 5 ans après chirurgie et radiothérapie à 5 ans est de 96%. Pour les tumeurs de grades III, la survie médiane après chirurgie et radiothérapie est de 28 mois.

La chimiothérapie

La chimiothérapie consiste à administrer à l’animal des molécules cytotoxiques capables de détruire les cellules cancéreuses. Contrairement à la radiothérapie qui agit localement au point d’irradiation, la chimiothérapie est un traitement systémique agissant dans tout l’organisme. Elle est donc indiquée dans le traitement de tumeurs qui présentent une forte probabilité de métastaser ou dans les formes de mastocytomes multicentriques (avec plusieurs tumeurs).

Le protocole le plus classique de chimiothérapie associe deux molécules : la vinblastine administrée en intra-veineuse une fois par semaine pendant 4 semaines puis toutes les 2 semaines pendant 2 mois et la lomustine administrée par voie orale toutes les 3 à 4 semaines pendant 6 mois. Ces molécules étant extrêmement toxiques pour l’entourage de l’animal et pour le personnel soignant, les animaux auxquels on les administre doivent obligatoirement être hospitalisés pendant 24 heures a minima dans des cliniques agrées afin de pouvoir récupérer les excréments et les urines contaminées pour les incinérer.

Chez l’animal traité, la toxicité des molécules de chimiothérapie peut provoquer une neutropénie (diminution du nombre de globules blancs rendant le chien plus vulnérable aux infections), une anémie (diminution des globules rouges du sang), une thrombopénie (diminution du nombre de plaquettes sanguines) ou une fibrose et une insuffisance hépatique. Des analyses de sang sont alors pratiquées avant chaque administration de molécule pour en évaluer la toxicité.

La chimiothérapie est souvent couplée à une corticothérapie, c’est-à-dire l’administration de médicaments à base de cortisone. L’association vinblastine/corticothérapie donnerait des taux de survie de 100% après 2 ans pour les mastocytomes de grade II et de 56% pour les mastocytomes de grade III.

Les traitements médicaux palliatifs

Afin de traiter les mastocytomes inopérables de grade II ou III, le vétérinaire peut faire le choix d’utiliser des molécules appartenant à la famille des thérapies ciblées : le masitinib commercialisé sous le nom de Masivet et le tocéranib dont le nom commercial est Palladia. Relativement récentes, ces molécules ne tuent pas les cellules cancéreuses contrairement aux molécules utilisées en chimiothérapie mais empêcheraient seulement leur multiplication. Elles sont donc par essence palliatives et ne permettent pas de guérir le chien de son cancer mais seulement d’augmenter sa durée de vie.

Ces molécules s’administrent sous forme de comprimés par voie orale sans hospitalisation. En revanche, elles sont extrêmement couteuses et toxiques pour l’organisme de l’animal traité (toxicités hématologique, rénale, hépatique et gastro-intestinale). De fait, leur utilisation nécessite un étroit suivi vétérinaire avec des analyses de sang et d’urine régulières pendant toute la durée du traitement qui s’étale sur un an au minimum.

Le taux de stabilisation avec ce type de traitement est d’environ 50%.

La phytothérapie en soutien

Pensez-y ! La phytothérapie peut constituer une aide précieuse en soutien des traitements du cancer. De nombreuses plantes médicinales peuvent agir en aidant l’organisme du chien à supporter la violence des traitements médicamenteux anti-cancéreux, à limiter la perte de masse musculaire associée au cancer, à réduire les troubles digestifs associés aux traitements et à limiter la douleur. En revanche, lorsqu’un traitement anti-cancéreux est en cours, les remèdes phytothérapiques doivent impérativement être prescrits par un vétérinaire spécialisé en raison des nombreuses interactions possibles entre les plantes et les médicaments.

Il existe enfin de nombreux traitements anticancéreux alternatifs issus de la phytothérapie visant à pallier les traitements chimiothérapiques ou de radiothérapie. Des méthodes utilisant des produits à base de vanille de Tahiti et d’écorce de Quinquina (le DNA PKASE Inhibat) ou à base de gui (le VAF ou Viscum Album Fermenté) commencent à faire leurs preuves !

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