Mon chien est peureux : pourquoi et comment l’apaiser ?

Peur des personnes qui passent dans la rue, peur de l’aspirateur, peur d’un bruit, d’un coup de tonnerre, d’un vélo, d’une voiture, d’un joggeur, d’une feuille qui vole peut être ?

Votre chien a peur de tout ou d’un objet en particulier ? Je vous propose aujourd’hui de répondre à deux questions que se posent souvent les maitres : pourquoi mon chien a peur et comment est ce que je peux l’apaiser ?

Tout d’abord, sachez que la peur fait partie d’un instinct naturel de survie. Que ce soit chez l’Homme ou l’animal, la peur est un comportement qui va permettre d’assurer la sauvegarde physique de l’être. Comme dirait l’autre : « La peur n’évite pas le danger », certes, mais elle permet de s’en éloigner et donc de se protéger.

La peur est une émotion engendrée par un élément nouveau, donc inconnu ou un élément connu ayant déjà eu une résonance désagréable pour le chien, ce qu’on appelle donc une mauvaise expérience.

Il faut tout de même garder à l’esprit que la peur optimise les sens, elle permet d’avoir une meilleure perception de l’environnement, il faut donc non pas la combattre mais la réguler, la contrôler car c’est une réaction parfois utile. Mais comme toutes les émotions, si elles sont poussées à l’extrême, elles deviennent ingérables.



Pourquoi mon chien a peur ?

Le syndrome de privation sensorielle

Laissez moi vous parler du syndrome de privation sensorielle (ou syndrome du chenil ou kernel syndrome) : c’est un trouble qui est développé chez les chiens ayant eu lors de leurs 3 premiers mois un milieu pauvre en stimulation, comme pourrait l’être un chenil, d’où le nom !

Un chiot qui a vécu dans un environnement pauvre en stimulation va développer ce que l’on appelle un seuil d’homéostasie sensoriel bas. Mais alors, qu’est ce c’est ? Et bien entre la 3ème et la 12ème semaine de la vie du chiot, il enregistre tout ce qu’il vit, que ce soit les bonnes ou les mauvaises expériences, un vrai disque dur ! Et une fois adulte, tout ce qu’il aura enregistré lui servira de base de données, de seuil de tolérance face à tout ce qui l’entoure.

De fait, plus il aura vécu de situations diverses jusqu’à ses 12 semaines, plus il arrivera à s’adapter aux situations nouvelles car il aura un seuil d’homéostasie sensoriel élevé.

A l’inverse, si votre chiot, lors de ses trois premiers mois ne vit aucune expérience, ne sort pas ou ne rencontre pas d’autres chiens, et bien il développera ce fameux syndrome du chenil dû à un seuil d’homéostasie sensoriel trop bas.

Il est donc très important de bien choisir son élevage, car, oui, les deux premiers mois de sa vie avant l’adoption sont fondamentaux et déterminants pour son développement. Malheureusement, dans de nombreux cas, les élevages sont éloignés de la ville à cause des nuisances sonores et organiser des sorties avec toute la fratrie est très compliqué.

C’est alors que votre rôle devient majeur dans le développement de votre chien. Vous avez un mois pour lui faire vivre le plus d’expériences diverses et positives possibles.

Ce syndrome a différents stades de gravité

  • Stade 1 : la peur d’un objet en particulier, ce que l’on appelle une phobie ontogénique, comme par exemple la peur d’un aspirateur en route ou d’une voiture. Cette peur concerne un élément identifiable. A ce stade, il est possible d’habituer le chiot à l’objet qu’il craint en faisant en sorte que cet élément qui déclenche chez lui une peur devienne tout a fait normal, faisant partie de son quotidien et son environnement. On appelle cela le processus d’habituation : on habitue le chiot a vivre en présence de cet élément, de manière douce, sans le forcer, en lui laissant la possibilité de s’enfuir et surtout à travers des séances courtes mais répétées régulièrement.
  • Stade 2 : la peur de l’environnement. Le chiot vit une anxiété permanente, tous les stimuli le font réagir. Il se cache sous les meubles, mange uniquement quand il est seul, souvent la nuit. Pour explorer son environnement il ne se déplace pas mais tend juste le cou et se tient prêt à fuir : on appelle cela l’exploration statique. Le chiot est toujours en posture expectative c’est à dire une posture d’attente, toujours prêt à réagir, à fuir. A ce stade, le processus d’habituation n’est plus possible et souvent on voit apparaitre des activités de substitution qui lui permettent de se détendre : léchage excessif du même membre par exemple. Ici on parle davantage de prévention et de travail par immersion contrôlée qui permettra au chien de se détendre progressivement. Il faut trouver la cause de cette anxiété et la traiter, parfois il faut accompagner le travail par un traitement vétérinaire.
  • Stade 3 : la phase ultime engendrant des problèmes de santé chez le chien. Le chien ne peut clairement plus s’adapter, ses émotions sont trop fortes et nuisent à sa santé. Peut s’en suivre une dépression qui engendre anorexie, trouble du sommeil, retard de croissance ou diminution des phases de sommeil profond et des malpropretés. Si c’est le cas : consultation vétérinaire impérative !

Attention, que ce soit pour n’importe quel stade, si le chien a plus d’un an : ne vous attendez pas à un miracle, plus le chien s’est conforté dans ses peurs plus il sera difficile de l’apprivoiser. Il ne faut donc pas attendre ! Dès que vous détectez une peur d’un objet : travaillez par habituation, dès que vous détectez une peur liée à l’environnement : travaillez par immersion. Jamais longtemps, mais régulièrement.

En résumé, pour éviter ce trouble il faut :

  • Privilégier un élevage en adéquation avec votre mode de vie.
  • Lors du premier mois de vie du chiot avec vous : faites lui vivre plein de choses, emmenez le partout : ville, foule, marchés, foret, voiture, etc.
  • Attention ! On a longtemps préconisé d’attendre la vaccination complète du chiot avant de le sortir : Erreur ! Étant donné que la vaccination est efficace une dizaine de jours après la 2ème injection : cela voudrait dire qu’il faudrait idéalement attendre l’âge de 3 mois pour sortir votre chiot ? NON ! Votre chiot a besoin d’explorer l’environnement extérieur, évitez simplement les rassemblements de chiens ou les zones à l’hygiène insuffisante.
  • Ne pas réagir et ignorer toutes réactions de peur venant de votre chien. Surtout, n’évitez pas le problème.
  • Favoriser des rencontres (intra ou inter-spécifiques) toujours positives pour ne pas engendrer de mauvaises expériences.
  • Pour le 2ème et le 3ème stade : un traitement vétérinaire est conseillé.
  • N’oubliez pas : thérapie par habitude (stade 1) ou par immersion (stade 2) dès l’apparition des premières peurs.

En tant que maitre, vous avez un rôle majeur

Votre attitude est très importante : il faut ignorer complètement les réactions de peur, ne pas les renforcer ! Parfois, cela part d’une bonne intention, on veut rassurer son chien comme l’on rassurerait un enfant qui vient de tomber… Erreur, en caressant un chien qui a peur on valide son comportement, on lui indique que l’on a peur également et donc qu’il a raison d’adopter ce comportement. N’oubliez jamais que pour votre chien, vous n’avez pas le statut de sauveur mais de modèle. De fait, il faut être complètement neutre, ne pas montrer au chien qu’on a peur ou que l’on réagit pour qu’il puisse s’auto-rassurer : si mon maitre n’a pas peur, je n’ai pas peur.

Comment apaiser votre chien au quotidien ?

Pour aider votre chien a se sentir bien, dès son arrivée : proposez lui un endroit confortable et sécurisant dans une pièce calme.

Commencez les sorties de votre chiot dans des lieux calmes tout d’abord puis progressivement, rendez vous dans des endroits plus animés.

N’hésitez pas à faire des bruits soudains et inconnus pour votre chien, faire tomber vos clés, déballer un colis de manière très bruyante, etc.

Proposez lui des jouets qui font du bruit (oui, même si c’est très pénible pour nos oreilles…).

Vous pouvez également compléter cela avec un diffuseur de phéromones de synthèse qui se compare aux apaisines naturelles sécrétées par la mère. En effet, les apaisines sont des phéromones sécrétées au niveau du sillon intermammaire dès le troisième jour de la vie du chiot et qui permettent au chiot de se détendre et d’être apaisé lors de la tétée. Il existe donc des diffuseurs ou des colliers que vous trouverez chez votre vétérinaire ou en magasin spécialisé.

Et les Fleurs de Bach, vous connaissez ? Ce sont des élixirs floraux réalisés à partir de 38 essences de fleurs. Elles tiennent leur nom de celui qui les a crées : le Dr Edward Bach. Ces préparations ont pour objectif de ré-harmoniser les états d’esprit. Le Dr Bach a rangé les 38 remèdes sous 7 catégories, chacune s’adressant à un type émotionnel précis, dont la peur, l’incertitude, la solitude etc. Sous forme de gouttes, ces remèdes permettent, parfois, d’aider le chien à se sentir mieux. N’hésitez pas à vous renseigner auprès d’un spécialiste ou d’un pharmacien.

Clémentine Turgot
Educateur canin comportementaliste Nature de Chien
www.naturedechien.fr

nature-de-chien-logo

8ef3b5acbcb1ef6a462d6b24aa445a0allll